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À chaque fois que je vois un voile depuis Manchester, j’y pense.

À chaque fois d’ailleurs depuis Londres, Nice, Paris, Bruxelles, San Bernardino, St-Jean, Ottawa, Boston, Madrid, Londres encore, New York… J’en oublie.  Depuis le Caire, Tel-Aviv, Beyrouth, Mogadiscio, Calcutta, Peshawar… J’en oublie encore plus.

À chaque fois que je vois le voile, je le vois avant de voir la femme, l’individu, qui le porte. On m’y a entrainé: tant de la part des voilées que de ceux qui le promeuvent.

Avant l’individu, avant la personne. Avant celle qui est sûrement une bonne mère et une bonne citoyenne, ou non… Je n’en sais strictement rien. Mais justement, elle m’intime de la voir comme « une musulmane », même si ce n’est parfois pas son plan à elle.  Avant de pouvoir la voir simplement comme une voisine ou comme une amie, elle aura toujours l’adjectif « musulmane » drapé sur sa tête, accolé à sa personne comme un stigmate.  Ce qui lui interdira surtout toujours de devenir la belle-mère de mes enfants.
Même si ce n’est pas son plan, c’est pourtant le but et surtout l’effet accompli.

Alors quand je sors le matin pour aller porter mon fils à l’école et que ma voisine voilée, puis les mamans en différentes tailles de niqabs qui attendent la cloche sur le bord de la clôture, puis les éducatrices et les maîtresses qui portent aussi le voile… je fais le lien.
C’est malgré moi.  Comme je sais que c’est aussi le lien spontané que font les inclusivistes, mais qu’ils s’efforcent ensuite de combattre.

Je fais le lien avec Manchester, puis avec ces mosquées où on conchie 3 fois par jour le juif et le kouffar. Je fais le lien avec les livres et les lois divines qui prêchent la mort. Je fais le lien parce qu’ils ont tous un adjectif commun.

Mes voisines et les éducatrices voilées de mon fils, pourtant, me disent toutes silencieusement, de leur regard : «Ne fais surtout pas le lien. On sait que notre voile est le même que celui du tueur, mais Chut! Tu n’as pas le droit de faire le lien, tu n’as pas le droit d’y penser. De toute façon, ça n’a rien à voir : Nous, nous ne sommes pas aussi rigides, et notre islam est fait de tolérance et de compromis.»  Ah oui?

Puis elles me disent toutes qu’elles préféreraient se faire Hara Kiri plutôt que d’enlever leur voile, de mettre en sourdine leur adjectif, ne serait-ce que pour 1 heure ou que pour un lieu comme la petite école.  Et que quiconque y voit un problème n’est sans appel qu’un « raciste ».


(…)




















































 

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En sociologie, on ne peut jamais parler en termes absolus. Si on dit «les Un tels sont comme ci ou comme ça», une telle affirmation ne peut jamais être prise littéralement. Mais ça ne l’invalide pas complètement comme constat de la réalité sociale.
Je ne parle jamais en termes absolus. Mal nommer les choses… Mais on peut de manière parfaitement légitime dire «les Québécois aiment la poutine», même si seulement 20% l’adorent et qu’à peine 50% en mangent régulièrement. Parce que ça fait tout de même qu’il y ait un restaurant qui sert de la poutine à chaque quatre coin de rues de toute ville qui se respecte. Et quand un Québécois passe quelques années à l’étranger, il peut lui être réconfortant de manger une poutine, même si on n’est pas un amateur normalement. C’est une référence familière.
C’est en ces termes qu’il faut penser la culture. C’est-à-dire qu’en pensée sociologique, il faut éviter les grilles d’analyse manichéennes.

[J’ajouterais que le manichéisme, c’est ce que je reproche le plus souvent à ces philosophes rigides qui s’essayent à la sociologie avec leurs «arguments catégoriques» et leurs accusations hystériques de sophismes. Bref, Michel Seymour.]


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Ainsi, Louis Morissette serait raciste de vouloir imiter un noir, tout comme les artisans des spectacles Revue et corrigée, ou comme Mario Jean qui imita son ami Boucar Diouf. En fait, ils nous l’ont dit et redit : le Québec est une société foncièrement raciste en ce que des Québécois blancs croient pouvoir imiter quiconque sans tenir compte de sa « race ». (J’utilise le terme avec réticence, le croyant personnellement non seulement problématique mais néfaste.) Que nenni, ces comédiens font, sans le vouloir ni même le savoir, du « blackface comedy ».

Nos militants antiracistes semblent avoir des difficultés à distinguer forme et fond. On se demande si, lorsqu’ils voient des dauphins et des chauves-souris, ils ne les confondent pas avec des poissons et des oiseaux. Parce c’est exactement ce qu’ils font ici en parlant de blackface comedy. Quiconque n’est pas un militant antiraciste postmoderne peut aisément constater que le blackface est une émanation culturelle avec un contenu raciste spécifique, située dans un contexte social et historique bien précis. Dans le blackface comedy qui avait lieu il y a des décennies, principalement en provenance d’une Amérique très ségréguée, on moquait la négritude. C’est collectivement qu’on imitait les noirs pour les dénigrer.
Quand un Mario Jean ou un Louis Morissette se peint le visage en noir, ce n’est pas ça.   Ce n’est ni le procédé ni l’intention du blackface. Ça peut ressembler superficiellement, mais là s’arrête toute comparaison. Ceci parce que l’intention et le contexte comptent quand on cherche à comprendre la signification des actions de quelqu’un. De la part de ces comédiens, c’est au contraire une démarche des plus inclusives puisqu’ils imitent des individus noirs au même titre que des blancs, sans considérer qu’il devrait exister des barrières de races pour déterminer qui a le droit d’agir comment envers qui, ce qui est la définition-même du racisme.

On se demande. Et si c’était Morissette qui avait fait l’imitation de Bugingo plutôt que Brathwaite. Est-ce que sans changer une ligne du texte, par cette seule différence, comme par magie le sketch se serait transformé d’une satire de Bugingo en un dénigrement global de la négritude? Il faut croire que nos militants le pensent.

On se demande surtout ce que cherchent ces militants antiracistes lorsqu’ils nous expliquent que seuls des noirs devraient avoir le droit d’imiter d’autres noirs; puis seuls des Asiatiques imiter des Asiatiques, des Autochtones imiter des Autochtones et ainsi de suite. Il y a un terme pour ça : la ségrégation raciale. La ségrégation raciale comme solution au racisme, il fallait y penser!
Et c’est sans compter le ridicule de la chose, comme l’a révélé le fait d’engager Normand Brathwaite, qui a eu à se peindre le visage plus foncé pour imiter François Bugingo. Plusieurs se sont vite demandé si un mulâtre pouvait imiter un noir, ou alors s’il ne le peut qu’à moitié?…

On se demande par ailleurs en quoi nos militants antiracistes pensent qu’ils vont favoriser les relations interculturelles. En quoi leur action, qui semble surtout consister à exacerber le sentiment victimaire des uns et à forcer une éternelle repentance collective de la part des autres, va-t-elle favoriser des relations et des rencontres plus spontanées, chaleureuses et fraternelles? Au contraire d’une réelle conscience antiraciste qui devrait nous inviter à combattre la perception de barrières et de frontières raciales maintenues artificiellement, ils nous invitent plutôt à « racialiser » toutes nos interactions sociales. Leur version bien particulière de l’antiracisme cherche à consolider la notion de races, et donc le racisme, dans les esprits.
Nous devrons maintenant toujours prendre en compte la prétendue race d’autrui avant de déterminer quoi dire ou quoi faire par rapport à eux. Je le redis, c’est de la discrimination raciale pure et simple. Puis surtout, dorénavant, dans toute situation de rencontres interpersonnelles interraciales, nous devrons avancer anxieusement sur des œufs, en ne sachant jamais laquelle de nos paroles ou lequel de nos gestes pourra être perçu comme une manifestation de racisme parce que ressemblant superficiellement à telle pratique historique et/ou étrangère. Nous nous demanderons en permanence quand l’opprobre et les exigences de séances d’auto-dénonciation à la sauce maoïste nous tomberont dessus depuis les réseaux sociaux, comme cette pétition.  C’est proprement kafkaïen.

Pour terminer, personne ne nie qu’il y ait une sous-représentation des minorités à la télévision, ni que les minorités vivent du racisme au Québec. Une société et sa culture sont un très gros paquebot qui ne change pas de cap en criant ciseaux. Nous évoluons, et généralement dans la bonne direction. Mais nos militants antiracistes n’aident en rien lorsqu’ils proposent — que dis-je, nous intiment! — de pratiquer la discrimination raciale et la ségrégation. Ils aident encore moins quand ils s’acharnent à assassiner publiquement des comédiens qui n’ont rien de raciste, ni dans leur personne ni dans leur travail. Ils font une mauvaise analyse et ne font qu’envenimer les relations.

 


 

PS

Normand Brathwaite, en entrevue à En mode Salvail, s’est indigné de la Ligues des noirs à propos de cette affaire. Il a proclamé que le Québec n’est pas une société raciste et que leur indignation est une importation américaine. Il a surtout demandé :
« Je ne sais pas c’est qui la Ligue des Noirs. J’ai pas voté pour eux. La Ligue des noirs, c’est 4 noirs avec un fax dans un local en quelque part ». (Je cite de mémoire.)

Bien sûr, aujourd’hui, la Ligue des noirs a répliqué que Brathwaite n’est pas un vrai noir, mais un bouffon de service qui n’a jamais vraiment rien fait pour faire avancer la cause des noirs au Québec…  Misère.

Personnellement, je crois que Normand Brathwaite est un Québécois exceptionnel. Ne serait-ce qu’en télé, même sans compter son héritage au théâtre (Pied de poule!) et musical (Larmes de métal!).  Juste en télé, il y a un Québec avant et un Québec après Normand Brathwaite, depuis Beau et Chaud, qui a été une révolution télévisuelle.  Allô Boubou n’est juste plus possible à cause de Normand Brathwaite.  Et La fin du monde est à 7 heures n’a été possible que grâce à Normand Brathwaite.
Depuis Patwice de Chez Denise jusqu’à aujourd’hui avec des émissions phares comme Belle et Bum.  Normand Brathwaite a énormément fait pour la cause des noirs au Québec.
Comme Grégory Charles, comme Didier Lucien, comme Maka Kotto… Comme tous mes collègues haïtiens ou africains à mon boulot aujourd’hui et depuis l’université.  Ils font énormément en participant tout simplement, plutôt qu’en récriminant tout le temps et en essayant de braquer les uns contre les autres à coups de revendications identitaires.

Normand Brathwaite a souvent parlé de sa mère et de sa tante qui ont toutes deux épousé des noirs, à une époque où ça suscitait des regards obliques et des commentaires au Québec. Mais comme il dit lui-même ç’aurait été quasi impossible aux États-Unis à cette époque, d’où provient justement le blackface. Or, aujourd’hui, la moitié des couples de parents que je rencontre tous les jours à la garderie de mon fils sont mixtes. C’est ça le Québec, celui dans lequel des Normand Brathwaite ont normalisé et apaisé les relations interraciales.
Et comme il le souligne enfin, encore aujourd’hui aux États-Unis, les couples mixtes sont problématiques.  Aux États-Unis et dans le monde anglo-saxon, d’où provient toujours le blackface.


























 

C’est bizarre. J’ai beau être blanc, mâle et occidental, je ne semble pas accéder au «boys’ club» dont je suis apparemment si privilégié de faire partie…

Ça devrait pourtant m’échoir de naissance. Au contraire, je sens que j’ai été plutôt discriminé dans la vie. En étant pauvre dans un collège de riches, en étant un introverti individualiste et un peu original entouré de gens de gang. Un gars qui ne comprend rien au hockey ni aux chars, un pas cool qui s’est fait intimider depuis l’âge de 4 ans dans la ruelle derrière chez lui jusqu’au milieu de l’école secondaire. Quelqu’un qui plus tard a souffert de dépression et qui ne comprend toujours pas toute l’agitation autour de lui à propos du succès, de la performance professionnelle, de l’importance de faire partie de «l’équipe»… Quelqu’un dont l’avenir professionnel est complètement bouché à ce stade.

Je suis un «néo-colonialiste», ah oui? Je traine pourtant dans mon bagage des générations de petitesse. Comme par exemple mon grand-père : un homme grand, mais qui a réussi à devenir assez petit pour toffer à travers toute une vie de petites humiliations, comme celle de devoir toujours parler la langue de ses maîtres chez lui.
Il regardait les étoiles avec un télescope pourtant. Sans éducation, lui qui avait appris à compter et à lire tout seul, même en anglais. Ce télescope fut probablement la seule dépense folle de toute sa vie. Lui à qui il fallut mentir quand j’ai renié le petit Jésus-Christ. Lui qui ne s’est jamais divorcé d’une femme, ma grand-mère, qui lui a pourri la vie à l’accuser de tous les péchés bibliques. Lui pour qui l’humilité et l’obéissance, bibliques aussi, étaient actes de foi pieuse.

Alors dites-moi encore que je n’ai pas droit de parole, parce que ma parole est «raciste». Ceci quand je vois des «néo-Québécois», ou même des «Québécois de souche», se faire rapetisser par les mêmes combines encore. Redites-moi que je suis «paternaliste» lorsque je constate que la même religiosité pointe à nouveau son nez puant chez moi, mais avec une rage dans ses textes et ses revendications qui n’avait jamais encore existée ici auparavant.  Dites-moi encore — parce que je suis sourd d’une oreille, celle tournée vers le passé –, redites-moi encore comment je n’ai ni le droit de commenter ni celui de voir.

Décrétez surtout que je n’aie pas le droit de m’inquiéter. Stipulez que je n’aie pas le droit de demander si je pourrai laisser mon héritage dans les mains de ce futur qui annonce le retour de ce que mon grand-père a vécu.

On commençait pourtant à peine à s’en sortir…

































Je viens de lire que : «l’islam n’est pas une religion, c’est une orthopraxie». Ça m’a rappelé que je n’avais aucune idée que ce mot existait…
Il a apparemment plusieurs sens, mais dans le cas de cette religion, ça veut dire : l’action dans le réel (la praxis) sur la base d’une application rigoureuse (orthodoxe) de la charia, comprise comme le sentier de la vertu…

Mouins…

Mais toutes les religions sont des praxis. Comme toutes les idéologies. Ce sont toutes des idées qui circulent et qui forment, qui informent des communautés, des peuples, des nations dans leur action. À tous ces niveaux, les humains s’assemblent spontanément. Puis ils se créent des rites, ils célèbrent leurs histoires, leurs héros, leurs chansons. Et à tous ces niveaux, ils se relient ou ils se boudent ou ils s’affrontent. Ils le font le plus fréquemment sur la base de bêtes affinités ressenties : entre individus, entre fratries, entre familles, par voisinages, entre communautés, par «races» perçues, etc..
Des affinités qui peuvent être facilement exploitées par des leaders politiques qui, eux, ne cherchent qu’à mobiliser quiconque sera mobilisable à leur propre profit.

Et l’outil qui, de tous les temps, permet d’exploiter le plus facilement les affinités individuelles dans le but de contrôler d’abord les corps puis les esprits, cet outil c’est la religion. On occupe par «morale», par «pudeur», d’abord le corps de la femme, puis les «pulsions» du mari. Toujours. On désacralise l’individu pour sacraliser la communauté. L’individu en vient à exister socialement d’abord sous sa bannière communautaire : son voile, sa kippa, son crucifix, son turban… Chacun en vient à ne plus voir que sa communauté et celles des autres. Et il s’agit toujours de contrôler la reproduction. Qui a le droit de faire des bébés avec qui? Toujours.

Un assemblage de communautés n’est pas une société, encore moins une nation. Au mieux, c’est un assemblage de communautés. Au moins mieux, c’est un désassemblage de communautés. Au pire, c’est la guerre civile et religieuse.

L’islam n’est que la version la plus sévère, en cette ère, de cet esprit communautaire. Celui qui marque aujourd’hui le corps de ses membres, et surtout le sexe de «ses femmes». L’islam n’est que la moins pastorale des «grandes religions».  La plus guerrière.

































Il existe l’Humanité.  Elle est un tout.  Elle comprend moi qui suis en train d’écrire ceci autant que vous qui le lisez.  Elle comprend tant nous qui sommes en train d’avoir cette relation qu’elle comprend Gengis Khan envahissant l’Europe après l’Asie, qu’elle comprend un chasseur-cueilleur du Paléolithique regardant la Lune le soir il y a 3 millions d’années comme je viens d’aller la regarder sur mon balcon.

Il existe l’Humain.  Ce singe dégarni qui, depuis qu’il a décidé de se tenir debout dans une savane, regarde les étoiles, puis mange la viande qu’il trouve, puis bèche des champs, puis tente d’élever ses enfants, qui consomme les ressources autour de lui.

Puis il existe les groupes qu’il se crée.  Les fratries, les clans, les tribus, les associations, les fraternités, les écoles de pensée, les idéologies, etc.  Il se crée des affinités, puis des allégeances spontanées, des solidarités.

À l’échelle plus globale, on rencontre sur différents territoires et à certaines époques des foyers d’occupation, des foyers culturels.  On dirait en anglais des «hubs» : des centres névralgiques.  Le Québec en est un.  Ce sont des continuités culturelles qui se décident dans l’Histoire, par la vigueur de ceux qui décident de les habiter.  Les Nations en sont, ainsi que les États et les Peuples.  Mais non les communautés, ni les ethnies, qui sont de fausses catégories sociologiques, inutiles.

Aujourd’hui, nos intellectuels tentent de faire éclater cette dynamique.  Ils souhaitent qu’il n’y ait plus ici de hub particulier.  Ils croient que pour faire progresser l’Humanité, il faille faire éclater le hub.  Faire de cet endroit, d’ici, un terminal d’aéroport où seuls comptent les exilés de passage, où seules ont voix les identités égarées.  Ils travaillent à ce que n’importe quel quidam en visite, ou pourquoi pas  en transit, fut-il Gengis Khan, se sente le bienvenu.

Si je parle survivance, c’est parce que je crois en effet qu’il y a ici un espace de traditions.  Une société quoi, une Nation.  Rien de parfait.  Une vraie petite société toute croche avec son lot des laideurs et de stupidité.  Comme toutes les nations.  Mais nous avons comme au moins un désir d’apprendre.  Nous ne sommes pas sclérosés.

Je constate qu’il existe des sociétés dont nous devrions apprendre.  Je constate aussi, au contraire, qu’il y a des sociétés complètement coagulées autour de leur «identité», de leur «religion», de «leurs femmes»…  Si bien que ceux et celles de leurs membres qui immigrent ici vivent comme un choc à l’idée de leur intégration à nous.  Oui, ils veulent nous être sympathiques, et c’est tant mieux, mais ils se posent en victimes dès leur arrivée.  Puis il y a les accusations de «racisme», puis les menaces.  Puis il y a la population toute croche et normalement tranquille qui réagit.  Puis on parle d’«islamophobie»…  Puis c’est partout pareil.  On veut accommoder la religion, mais la religion ne nous accommode pas.

Le catholicisme s’est jadis implanté sensiblement de la même manière.  En s’imposant.  Aujourd’hui, l’islam tente de faire la même chose.  Certains d’entre nous disent «Non, on y a déjà goûté!».  D’autres disent qu’il est temps qu’on y goute à notre tour…

C’est ridicule, mais ça colle chez beaucoup de nos «intellectuels» qui semblent toujours plus portés sur la repentance que sur la Raison.

Je vous laisse en juger.















[Retour sur le vote masqué et l’histoire de l’assermentation en niqab.  J’ai écrit ceci à la veille de l’élection, en réaction à cet article de David Desjardins, d’où suinte un mépris du peuple sale et raciste que nous sommes…]

J’ai voté masqué. Je suis sûrement de ces cons racistes qui attendent toujours la moindre occasion (la Charte, les élections, des accommodements isolés à répétition, des nouvelles anecdotiques et anodines de tueries de bédéistes, etc.) pour épancher notre peur et notre haine irraisonnée de l’«autre» quel qu’il soit. De ces cons qui forment quelques 93% du peuple quoi. Je n’ai donc pu m’empêcher de m’affubler d’un masque de clown lorsque j’ai coché mon bulletin, dans un de ces réflexes primaires qui m’animent quand je ne réfléchis à rien, ce qui est mon état normal. Mon masque ne pouvait évidemment vouloir que dire : «Eille tabarnak, toutes les races e’rtournez chez vous!», comme le crient apparemment en cœur une marée de Québécois sur les réseaux sociaux (6, 7, 8 millions d’entre nous?…) depuis que Harper et le Bloc nous ont commandé de le faire. C’est en tout cas le scénario qu’on nous dépeint à grandes lignes éditoriales de La Presse et de Radio-Canada, dans des motions de Québec solidaires et des sermons «inclusivistes». Ou comme encore récemment dans les pages du Devoir, sous la plume de David Desjardins («Qui méprise qui?», 17 octobre 2015).

Parce que non, impossible que j’aie constaté la manœuvre crasse de Harper et que malgré ça, cette histoire de niqab, tout ce qui la précède et tout ce qu’elle annonce, m’apparaisse légitimement être un enjeu sociétal des plus importants; en plus de l’environnement, de l’économie, de la science, de l’éducation, des autochtones, etc. Bien entendu que boire de l’eau pure et avoir une bonne job compte, mais peut-être que dans mon évaluation tarée des choses, on y goûtera avec un peu moins de sérénité si c’est pour vivre en contrepartie dans une société où règnent les divisions interreligieuses, marquées par les ségrégations symboliques, culturelles, sociales et de plus en plus institutionnelles, comme on peut en observer dans tant de sociétés où ça va si bien. Je regarde mes politiciens courtiser les votes communautaristes plutôt que citoyens, tandis que nos élites intellectuelles de gauche larmoient sur notre tyrannie majoritaire qu’ils voient jusque dans leur soupe à défaut de nulle part ailleurs. Tandis qu’ils se scandalisent des «droits individuels bafoués» de militantes islamistes notoires comme Zunera Ishaq! Je regarde mes politiciens et intellectuels encourager les replis identitaires de toutes parts…

Mais non, je l’admets. Je me suis fait prendre. Habilement berné par Harper, j’ai sauté sans réfléchir sur l’occasion de confondre une seule femme en niqab avec une invasion islamiste en règle. Depuis, dès que j’entraperçois quelqu’un un tant soit peu basané dans la rue, j’assume que 1) c’est un musulman qui vient m’envahir et que 2) c’est nécessairement un terroriste. Que voulez-vous, je suis bête comme ça.  Et c’est ce que mon vote masqué voulait dire. Rien à voir surtout avec une protestation pacifique, avec une démonstration par l’absurde de ce que les politiques sont en train de faire à notre démocratie malgré nos protestations répétées, et maintenant jusqu’au plus haut échelon qu’est le serment de citoyenneté. Cette dernière provocation ne vient que couronner les milles et unes petites ségrégations vestimentaires, alimentaires, sexuelles, matrimoniales, etc. qu’on ne cesse d’encourager depuis les cours d’écoles jusque dans les tribunaux, en passant par les piscines, les épiceries, le travail, les cimetières… Bref, tous les genres de lieux où moi et ma famille sommes susceptibles de nous trouver, mais pas mal plus rarement celles des politiciens et intellectuels qui vantent la «diversité»…
Parce que voyez-vous, j’oublie parfois que c’est si beau la «diversité», surtout l’islamique : la diversité qu’on représente dans toutes les pubs par une femme voilée. Merci alors de me le rappeler. (Curieux d’ailleurs que la «diversité» qu’on nous accuse de rejeter sans essayer d’en comprendre les indéniables bénéfices porte toujours le même uniforme pas si diversifié…)

Qu’on me rappelle surtout encore comment une Zunera Ishaq est triste et déçue de nous quand on lui demande de se garder une petite gêne en société, comme nous avons nous-même eu à l’apprendre. Quand on ne lui suggère que de garder sa religion bien au chaud dans sa tête, plutôt que portée en étendard identitaire sur tout son corps. Comme on la brime, la pauvre, quand on lui suggère simplement de ne pas faire affront à la démocratie séculière : ce qu’elle fait en prétextant qu’il en va de sa «pudeur». Ironiquement, elle décide précisément d’exhiber ce que la vaste majorité de gens qui l’entoure considère comme privé… Non pas ses cheveux ou ses poignets, qui n’excitent absolument personne, mais bien ses croyances, dont de grands pans sont une véritable offense en règle envers tous les non-croyants et autres «infidèles» et «mécréantes», aux femmes non voilées, aux minorités sexuelles, etc. Alors oui, elle exhibe ses parties privées offensantes et nous dit que c’est par pudeur… Faut quand même applaudir!

Mais qui sommes-nous pour y voir un quelconque problème? C’est certainement du délire. Il nous faut un vrai remède de cheval (de Troie?). Il faut sans tarder saigner ce mal, cette «identitarite aiguë», créée de toutes pièces par la Charte du PQ, puis par Harper, puis le Bloc. Ne restera ensuite qu’à expliquer les causes des symptômes similaires qu’on rencontre curieusement partout : en France, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en Norvège, en Suisse, en Roumanie, en Russie… jusqu’en Thaïlande. Si dans tant de sociétés aux mœurs, traditions et orientations politiques différentes, si partout les voiles et niqab créent autant de remous et de tensions, il n’y a qu’une seule conclusion possible : une pandémie mondiale d’islamophobie sortie d’absolument nulle part qu’il faut médicamenter en nous injectant dans la gorge toujours plus de différentialisme religieux.

Maudit peuple congénitalement réactionnaire qui ne veut pas comprendre que plus de religion exacerbée sur la place publique et dans les institutions mènera à plus d’harmonie et de liberté de conscience, comme on peut le constater partout! Encore une chance que la gauche se soit trouvé un meilleur peuple avec les immigrants, surtout islamiques encore ici, pour remplacer les sales prolos qui ne votent pas assez souvent du bon bord.
[Ou alors, se pourrait-il que ce soient les faits qui poussent à la réaction? Des «faits réactionnaires» donc? Intéressant… Mieux vaudrait carrément interdire les faits alors, un coup parti, puisqu’on parle déjà de nous interdire de les dénoncer, voire de les énoncer. Autant aller jusqu’au bout.]

Alors j’ai voté masqué. Croyez-moi, je me suis trouvé stupide de le faire. Face au regard (heureusement) amusé des agents de vote cette journée-là, je n’ai pu m’empêcher de lâcher un «Comme quoi le ridicule ne tue pas»… Parce que c’est par le ridicule que j’ai choisi de protester contre le ridicule, le plus sérieusement du monde.

Si vous avez toujours de la difficulté à comprendre, si tant est que vous essayiez sincèrement. J’ai surtout protesté contre le fait qu’il y a 10 ans à peine, on m’aurait ri en pleine face et on m’aurait dit d’enlever ce masque à la con pour pouvoir voter, et c’est ce qui aurait été censé. Mais aujourd’hui, nous sommes devenus si timorés face à des provocations identitaro-religieuses, comme celle de Zunera Ishaq, qu’on a poussé le ridicule jusqu’à me permettre de piler sur ce droit fondamental à mon tour, simplement afin que des juges de la Cour suprême puissent tenter de préserver un semblant de cohérence intellectuelle.

Croyez-moi surtout, je préfère encore ce ridicule que les réactions beaucoup plus inquiétantes qui s’en viendront si nos politiciens et intellectuels continuent de bafouer ce que nous avons de plus cher, notre citoyenneté. Eux bien plus gravement que moi. S’ils continuent surtout de tenter de nous museler sur le sujet. Car ils n’auront qu’eux-mêmes à blâmer le jour où nous verrons un vrai Front national apparaître et prendre du galon ici, lorsque ça deviendra la seule réaction à la portée du peuple, celle-là pas mal moins rigolote. Je ne fais pas de menaces : j’exprime une crainte sincère.

PS- Que David Desjardins et consorts se consolent : ma stupidité annule en partie ma xénophobie apparemment. Si j’ai sauté à pieds joints dans le piège de Harper tel qu’il le prétend, il semblerait que comme la plupart des autres j’aie trouvé le moyen de tomber à côté en ne votant pas conservateur. Do’h!