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Vue de quartier

Imaginons un scénario de sociologie-fiction.

Un pays tel que le Maroc (ou l’Algérie, la Tunisie, etc.) découvre une ressource x et a besoin de beaucoup d’ingénieurs pour la développer. Elle fait alors un appel à l’immigration.  Et ça adonne qu’un nombre important de Québécois et autres occidentaux, attirés par de bons salaires et une existence au soleil, décident de déménager et de fonder leur vie là-bas.

Sauf qu’ils ne se sont jamais vraiment intéressés à la culture locale avant d’émigrer.  Alors au fur et à mesure que leur nombre augmente, ils se concentrent dans certains quartiers. Et ils deviennent de plus en plus visibles, surtout qu’ils ont la manie de se regrouper les soirs et après-midis de congé dans les parcs et sur les plages, les femmes en bikinis, parfois même se faisant bronzer seins nus, pendant que les hommes se font griller de côtelettes de porc au bbq et que tout le monde boit de la bière et du vin, y compris durant le ramadan. C’en est même que des mères se présentent de plus en plus souvent à l’école en hauts de bikini pour chercher leurs enfants!

Étant donné la présence islamiste dans ces pays, on pourrait s’attendre à des réactions très violentes et meurtrières, et avant ça à des arrestations et des condamnations pour atteintes à la pudeur. Mais imaginons plutôt que tout se passe pacifiquement…
Pendant 5, 10, 15 ans…  La population locale « de souche » s’exprime à travers des forums divers, Commissions et autres sondages qui révèlent que, dans une proportion très majoritaire, ces comportements des occidentaux choquent profondément ses valeurs conservatrices et qu’elle y voit une invasion culturelle.

Sauf que ces Occidentaux immigrés, au lieu de se remettre en question, ne cessent d’invoquer leurs droits individuels et que ça fasse partie de leur identité d’agir de la sorte. Et lorsqu’on leur parle de s’intégrer, ils rétorquent que les Marocains de souches sont tout autant des immigrants qu’eux, alors ils n’ont aucun droit légitime à définir le contrat social local…

Encore une fois, j’imagine mal que ça se passe très pacifiquement.
Mais surtout, est-ce que je me trompe ou nos inclusivistes ne seraient pas prêts à les défendre avec la même ardeur qu’ils défendent les voiles et autres comportements religieux qui choquent profondément les Québécois et qui vont totalement à l’encontre de l’évolution sociale et culturelle de cette société-ci?

 

Mais pour en revenir à nos moutons de Panurge québécois…

J’ai répondu ceci aujourd’hui à quelqu’un qui me demandait de clarifier mes politiques concernant l’immigration et l’islam.  J’ai répondu ceci :

Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs qui entrent en compte en ce qui concerne l’immigration aujourd’hui.

Dans le désordre :
-Le nombre. C’est sûr que si tu es tout seul de ta gang à déménager dans une culture complètement étrangère, ce n’est pas la même chose que si tu es 1 million.
-Les communications. Aujourd’hui, c’est vrai que tu peux être physiquement ici, mais culturellement à des dizaines de milliers de kilomètres. C’est vrai qu’il y a plein de maisons où n’entrent que les chaines satellites venant du pays d’origine, où on ne lit que les journaux dans la langue d’origine et où quand vient le temps de marier les enfants on se tourne vers le bled d’origine.
-La religion, comme tu dis. Mais dans le cas spécifique de l’islam, il faut compter la diffusion d’une lecture rigoriste de la part des Frères musulmans, des khoménistes et du wahhabisme, le tout financé par les Saoud.
-Un ordre moral « progressiste » qui s’est installé en occident, alimenté par des décennies de déconstructionnisme postmoderniste.
-Ce dernier point pave le chemin pour une culture, la nôtre à toi et moi, qui ne croit plus en ses propres institutions ou en ses propres fondamentaux philosophiques.
-L’influence colonisatrice du monde anglo-saxon, chez qui la culpabilité postcoloniale et la forme particulière de son racisme ont conduit à l’élaboration du dogme multiculturaliste.
-L’éducation.  Qui n’est pas la même si la majorité de votre immigration vient du Maghreb; ou alors plutôt de l’Afghanistan, du Pakistan, d’Arabie saoudite, d’Iran ou de Turquie.  On ne parle pas du tout du même monde en termes de culture et d’éducation.
-Ni en termes de volonté de s’intégrer.

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Je me rappelle souvent cette militante anti-islamiste, réfugiée algérienne en France, entendue il y a une dizaine d’années.  Elle racontait qu’à Alger, dans les années 80 qui menèrent aux massacres des GIA, il fallait chaque matin compter le nombre de femmes voilées à l’arrêt d’autobus. «Quand elles dépassaient la moitié, on savait qu’on devait changer de quartier car notre vie allait commencer à être misérable, puis dangereuse»

Tous les matins et tous les après-midi à l’école de mon fils dans la Petite-Patrie, je regarde les mamans qui viennent porter et chercher leurs enfants.  Invariablement, il y a de 1 à 3 grappes de mamans qui se tiennent exclusivement entre elles.  Ce sont les mamans voilées.  Elles parlent arabe.  (Sauf lorsqu’est présente 1 d’elles, africaine noire et qui apparemment ne parle pas cette langue.  Malgré ça, chaque jour cette dernière se joint avec un «salam alékoum» à une des grappes, plutôt qu’aux parents francophones.)  Les autres parents qui attendent sur le bord de la clôture et qui parlent français entre eux sont de souche, latinos, asiatiques, etc., et s’agrègent aléatoirement.
Je me suis amusé à compter tout à l’heure et les mamans voilées constituent 7/10.

Ça, c’est à la porte de l’école où on attend les plus petits, comme mon fils qui est en 1ère année. Il semble y avoir moins de voiles à la porte des plus grands, mais c’est à l’autre bout de la rue.  Par contre, d’où je me tiens, je vois très bien la sortie des petits de maternelle, où les voiles comptent plutôt pour 9/10 des mamans.
À l’opposé, c’est vers les sorties des plus grands qu’on voit progressivement, d’année en année, de plus en plus d’élèves voilées.

Je ne crois pas une seule seconde, loin de là, que sous tous ces voiles se trouvent des islamistes radicales, ni même de mauvaises mamans ou de mauvais enfants.  Seulement, ce serait idiot de ne pas voir là un présage pour le futur de cette société, du moins pour sa métropole.  Je suis certain qu’au minimum, à leurs tables de cuisine le soir au souper, en familles, cet entre-soi qu’elles pratiquent en grappes à l’école se transmet dans un discours ponctué et normalisé de: «nous les musulmans contrairement à eux les Québécois».
Et c’est sans compter l’homogamie que devront pratiquer les enfants sous peine d’excommunication.  Ou tout le climat d’halalisation qui s’installe dans le quartier.

Surtout, je pense aux autres enfants.  Comme mon fils, élevé à croire que c’est normal qu’une majorité des femmes rencontrées quotidiennement soient voilées et couvertes de manière austère de la tête aux pieds, hiver comme été, se tenant entre elles pour parler une langue qui lui est étrangère.

On nous répète que le Canada et l’Amérique furent toujours des terres d’immigration.  Certes.  Mais ce furent toujours aussi des terres d’assimilation brutale.
Parlez-en aux Canadiens-Français qui, établis de la Nouvelle-Angleterre au Mississippi, jusqu’à San Francisco et toute la Côte Ouest, en revenant par les Grands Lacs… Tous ces grands voyageurs Français qui, dès qu’ils s’établissaient, apprirent à ne pas transmettre leur langue à leurs enfants: afin de leur éviter de se faire traiter des « Frenchtards! » et de se faire taper sur la gueule.  Afin de permettre à leurs enfants un avenir, dans cette Brave Amérique.  Ces enfants s’appellent aujourd’hui Trudeau, LaBoeuf, LaPierre, Tremblay…, mais ne savent même pas le prononcer.

Au Québec, nous n’avons pas pu, pendant longtemps, accueillir quelque immigration ou quelque altérité que ce soit, si ce n’était un peu d’italienne et d’irlandaise.  Tant que c’était catholique, même parfois protestant ou juif…
La province accueillait pourtant bien une immigration soutenue.  Mais pas « nous », alors que nous étions relégués à un statut de majorité minorisée, subalterne sur ses propres terres.

Dès que nous avons été capables de reprendre le contrôle de notre société, nous avons pratiqué l’accueil de l’Autre: qu’il soit Haïtien, Chilien ou Vietnamien.  Et nous n’avons jamais exigé l’assimilation; probablement parce que nous avons connu la menace d’être assimilés.  Nous passons notre temps à célébrer des personnes qui débarquent ici pleines de bonne foi et pleines de bagages provenant de leurs tours du Monde.
Cependant, nous avons toujours vu avec méfiance l’immigration qui n’est pas celle d’individus ou de simples familles.

Non, ce n’est pas de ce rejet primaire de l’Autre que l’on peut nous accuser, nous les Québécois.  Ce qui nous met sur nos gardes, comme partout où il y a de l’immigration pour les populations de souches, ce sont les diasporas: ces tribus planétaires qui nulle part ne s’intègrent.  Celles qui ne charrient pas que de belles photos dans leurs bagages, mais qui y trainent aussi leurs propres frontières: linguistiques, culturelles et nationales.  Et religieuses surtout.  Ces tabous qui proscrivent plus que le voisinage courtois avec le pays d’accueil.  La religion qui proscrit aux enfants de se marier hors de la tribu, avec les enfants des collègues et des voisins.

Non, cette immigration nous n’en voulons pas.  Et tous les peuples non plus n’en veulent pas.  Si vous voulez nous en accuser, vous devrez aussi accuser la Terre entière !  Nous somme conservateurs, parce que nous voulons nous conserver.  Et nous nous laissons bercer parfois par les chants populistes, parce que nous sommes le peuple et que nous voulons être écouté.  Alors nous dénonçons comme nous le pouvons.

Et si partout les peuples le sentent instinctivement, c’est que tous l’ont vécu.  Sauf que nous, c’est de mémoire récente.  Nous reconnaissons le tribalisme de survivance et d’autodéfense, mais aussi de haine.  Nous voyons tout venir, même si nous paraissons nonchalants.  Le tribalisme qui à coups de sermons remplit le ventre des femmes, bien contrôlées et marquées du sceau de la communauté.  Qui à coups de Petit Catéchiste ou de Coran bourre le cerveau des hommes, abrutis.
Pourquoi: pour aller au Ciel ?  Non, pour produire de la force vive, de la communauté.

Et non, nous ne laisserons pas cette société y retourner.  Pas sur nos terres: les seules que nous ayons et où nous entendons, nous aussi, perdurer.

Alors en attendant, tant que vous dédaignerez nos préoccupations, nous écouterons les populistes.  Et tant que vous nous condamnerez du regard à être le sous-peuple que vous avez voulu faire de nous, nous continuerons tout de même d’être de bons voisins courtois avec les mamans voilées qui se parlent entre elles, bardées de leur frontières vestimentaires et de leur halal qui proscrit toute proximité.

Mais il nous sera toujours plus difficile, entre autres à cause de vous, de rêver d’un avenir commun pour nos enfants et les leurs.  Alors que nous avons déjà des enfants et des petits-enfants aussi québécois qu’haïtiens, chiliens ou vietnamiens.  Et que nous en espérons encore.











































Ça prend un village pour éduquer un enfant, dirait un proverbe africain.  Je ne sais pas comment le village, ses us et ses vieux, peuvent surgir dans une station de métro, entre un papa «Québécois de souche» et une bande de jeunes arabes gonflés à la culture hip-hop…

Alors…

C’est vendredi passé. On est sur la promenade St-Hubert vers 19:45h. On attend la parade du Père Noël. Cool. Sauf que ma Poupette de 4 mois vient finalement juste de s’endormir et que la tête de la parade, formée de tambours, approche… Je dis à ma blonde que je vais amener Poupette vers la rue Jean-Talon pour ne pas la réveiller. Ma douce et mon garçon viendront nous rejoindre après la parade.

Rendu sur la rue Jean-Talon avec la poussette, et avec Poupette dedans, loin de la parade, je me demande où attendre. Il fait froid. Je considère le café au coin. Puis je me dis que les trois marches sont difficiles avec la poussette, et que nous n’attendrons pas trop longtemps de toute manière. Alors je finis par opter pour l’option cheap. J’emménage avec Poupette, qui dort toujours, dans l’entrée du métro.

Je m’accroupis contre un mur, avec l’œil sur la Poupette au bois dormant. Ça va pendant 5 minutes. Puis entre un paquet de jeunes. Disons 16-17 ans. Ethniques, je ne sais trop et je m’en fous.
Surtout, à chaque fois que je croise des jeunes, j’ai cette réflexion.  Je me rappelle que moi aussi j’ai été con. Mais je me rappelle en plus que j’ai parfois été recadré par mes pairs et par mes maîtres, et que ça m’a été salutaire…

Donc je suis là, à l’entrée miteuse et claustrophobique du métro Jean-Talon, au coin de St-Hubert, accroupi à côté du landau de Poupette qui dort. Et un agrégat de jeunes décide de venir me tenir compagnie. Principalement, ils s’agrègent autour des entrées et sorties des escalateurs, forçant la plupart des quidams entrant et sortant du métro à passer à travers eux, alors qu’ils se pourchassent, se chamaillent et font les marioles à tue-tête.

À un moment donné, écœuré de les entendre beugler pour se prouver qu’ils ont du plaisir (et pour impressionner les 3 filles qui les suivent), je décide de déménager Poupette avant qu’ils ne la réveillent.

J’amène donc la poussette vers les escaliers roulants. Je demande à un des 7 connards qui bloque l’escalier en hurlant de me laisser passer.  Et je descends la poussette vers le tunnel qui mène à la station. Arrivé à mi-chemin, où j’ai encore de la réception pour mon téléphone, je me réinstalle avec Poupette.  Poupette qui dort toujours.

Ça dure à peine quelques minutes…
Et voilà que la bande de cons descend les escaliers. Et voilà qu’ils se réinstallent à 10 mètres de moi pour continuer à hurler, à se chamailler et généralement à incommoder tout le monde qui essaye de passer par-là.
Quand le dernier de la bande les rejoint en bas, ils se mettent enfin en branle.  Et, le plus lentement possible, ils commencent à traverser le tunnel, arrêtant à chaque 2 mètres pour déconner, se taper dessus et hurler de plus belle.

À un moment, ils sont devant moi. Et comme de fait, je les regarde. Parce que rendu-là, je n’ai qu’un désir au monde : qu’ils dégagent et aillent hurler ailleurs. Et enfin j’ai espoir que ça s’accomplisse.

Sauf que la bande passe devant moi. Et que le dernier connard qui la compose, celui qui traine à la queue, s’intéresse à moi. Il me voit regarder sa troupe…  Et il sonne l’alerte.

«Heille, qu’est-ce que tu regardes toi?»

Moi : «J’ai juste hâte que vous aillez hurler ailleurs…»
Connard : «Ferme ta yeule, qu’est-ce que tu fais icitte de toute façon?»
Moi : «J’attends ma blonde. Fais juste aller hurler ailleurs s’il-te-plaît. Y’a un bébé qui dort ici»
Connard : «Va chier, tu fermes ta gueule!»
Moi : «P’tit con»
Connard : «P’tit con??? Tu vas voir !…»

Et là, le connard s’en vient vers moi en roulant des épaules, gonflant le torse, avec l’intention de me cogner !

Comprenez-moi bien : j’ai été doorman pendant 9 ans. Je sais c’est quoi une bagarre.
Gringalet qui s’en venait vers moi ne me faisait pas peur. Si je m’étais levé, je le dépassais d’au moins un bon pied. Mais lui était gonflé à la testostérone et à l’honneur : cet «honneur» que les cons invoquent à chaque fois qu’ils perdent le contrôle de leur situation.

Le gars avançait vers moi, et je commençais à me préparer mentalement, mais quand même éberlué de l’escalade. Sauf qu’intérieurement, par instinct, je savais que ça allait avorter.
Le petit avorton devant moi n’était pas assez menaçant pour que je le prenne au sérieux. Oui, il aurait pu essayer de me cogner.  Mais sa seule force résidait dans sa gang derrière lui.  Et eux semblaient beaucoup moins sûrs d’eux.

Ce furent finalement les filles qui réagirent.
-«Eille, il a un enfant!» Ce qui fut répété par les autres gars.
Alors mon connard se dégonfla. Et ils partirent.

Merde. Comme je disais, je me souviens d’avoir été un connard adolescent moi aussi, qui faisait chier les quidams dans les stations de métro avec mon anticonformisme. Mais jamais, quand un de ces derniers me mettait dans la face que j’étais un p’tit con, jamais ça ne m’a traversé l’esprit de le fesser. Jamais, sûrement, au point de ne pas voir qu’il se trouve à côté d’un landau.

 









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J’ai grandi dans une paroisse, qui est devenue un quartier. Ça ressemble aujourd’hui à un dortoir, mais à l’époque c’était pas mal cool.
La petite gang: Luis, Mehdi, Simon (qui était anglais et qui nous faisait bidonner à chaque fois qu’il disait des trucs comme «je suis sur le téléphone»). Puis les autres, comme Piotr, Manu, Algary….

Pour le reste, on regardait tous des Passe-Partout et des films de Bud Spencer, qu’on imitait.  On regardait CHiPs, Goldorak et des séries de sci-fi comme Galactica. Nos parents venaient de différents coins du globe, puis de différents coins du pays. On s’en foutait pas mal en fait. Je savais qu’un était « Portugais », l’autre « Algérien » ou « Polonais », et ça m’intéressait évidemment, moi qui voulait tellement voyager.

Sauf que quand on jouait entre nous, loin de l’influence des parents, on était juste une gang de petits Québécois. Dans la paroisse St-Albert-le-Grand, puis dans le quartier Maisonneuve, à l’ombre du Stade, en passant devant l’église pour se rendre à la cour d’école, quand on n’explorait pas le champ «sauvage» des Shop Angus…

Aujourd’hui, tout ça, le fait qu’on ait tous écouté Passe-Partout ensemble et que ça nous ait donné un ciment inclusif des plus solides pour apprendre à communiquer et à jouer ensemble, entre nous. Tout ça, de manière la plus perverse, ils, les soi-disant «antiracistes» d’aujourd’hui, ils appellent ça du «colonialisme» et me somment de m’en repentir…

Je vous dis simplement Fuck you.
Nous au moins, on a appris à jouer ensemble. Puis à étudier ensemble. Puis à travailler ensemble. C’est ça mon Québec.
Ce n’est pas ce Québec progressiste et soi-disant «antiraciste» qui encourage chaque «identité» à se ségréguer dans sa différence.

Mon Québec à moi, il te dit de cesser de faire suer tout le monde avec tes différences et les accommodements que tu exiges de moi dès que tu débarques, ou pas longtemps après.
Tu as choisi — et tu continues de choisir si tu es né(e) ici — une société qui fonctionne mieux qu’il y a 50-60 ans parce qu’elle a choisi d’être laïque, et qui réaffirme ce choix de manière largement majoritaire à chaque fois qu’on lui demande.

Alors c’est toi qui fait le chien dans un jeu de quilles ici.
Tu revendiques de porter en tout temps un uniforme religieux, communautaire et identitaire, dans une société sécularisée et anti-tribale?  Tu revendiques que la société soit en permanence à l’affut de tes frustrations sociales, alors que tu te définis d’abord par ta différence? Tu nous accuses de ne pas suffisamment t’intégrer, pendant que toi tu n’appelles «frères» et «sœurs» que ceux qui partagent ta foi, tandis que tu interdis à tes enfants de marier les miens?…

Tu sais quoi? Toi qui me conchies avec tes micro-agressions à la sauce pseudo-scientifique, qui masquent mal que tu ne fais qu’habiller de verbiage ta propre haine, dont celle de toi-même…
Va te faire foutre.

Moi, je retourne jouer avec Mehdi, Luis, Algary, Piotr, Phong, Simon, Marisol et la gang. Il est là mon Québec.


















Je suis Canadien. Je suis Québécois.

La neige m’est une seconde nature. Je peux y dormir.
La neige est pour moi ce qu’est une peluche de poche pour un Canadian ou un American sur le continent. La neige m’est une familiarité et une évidence, comme le choix d’une bonne botte, de bons patins, de bons skis ou de bonnes raquettes.  C’est un instinct.

La neige, c’est ce que je sais maîtriser le plus. À travers mes souliers et mes bottes, quand je marche dans les rues et les sentiers.  La neige, c’est le crépitement de la vie qui se bat pour vivre, quand elle devient consciente que dans l’arrêt, elle meurt.

Puis la neige, ce sont les souvenirs de mon enfance. Les forts, les batailles épiques, les randonnées en bicycles, les explorations de ruelles…  Puis l’été qui finissait par revenir.

Les saisons, c’est ce que j’ai su retenir de mon éducation. Et apparemment, il y aurait une saison pour tout.
Je me demande souvent à quelle saison je suis rendu



















Dans une discussion récente sur la laïcité, j’ai avancé mon argument habituel. Soit que l’exacerbation des identités sur la place publique, spécialement les identités religieuses, est contraire à l’esprit civique. On ne fonde pas un pays sur des identités différenciées, claniques, qui mènent inévitablement à la confrontation.

Ce n’est pas la raison qui guide les identités, mais l’affect. Et l’affect ne connait que les modes «repos» et «enflure». Alors quand vient le temps d’informer les normes dans nos relations sociales, c’est à la raison et à la neutralité identitaire qu’il faut en appeler.

Bref. On m’a répondu que «c’est l’intolérance qui mène à la guerre».

L’intolérance mène à la guerre, mais ça veut dire quoi ? Ça ne veut rien dire comme analyse. Ça nous instruit autant que de dire : «sa violente réaction aux arachides est due à son intolérance aux arachides»…

Le vrai problème, la vraie question analytique, c’est qu’est-ce qui cause l’intolérance ? Et c’est là que les esprits s’emballent. On cherche tout de suite des coupables : les discours populistes, l’économie, les politiques de droite, les inégalités, l’environnement, etc. Si possible, on cherche une grande intuition vague. On cherche surtout une grande cause qui nous tient à cœur et sur laquelle on peut, sans trop de préparation, discourir dans les journaux et les débats académiques.

L’intolérance n’est pas une cause. Elle est un résultat. Bannir l’intolérance, la censurer, la combattre… sont des idées qui n’ont absolument aucun sens du point de vue rationnel. C’est combattre des symptômes. Ça n’a que la valeur d’un remède homéopathique.

Quelles sont alors ces causes dont l’intolérance est le symptôme ? L’humain, tout simplement, est la cause. Notre biologie, notre psychologie, puis surtout ici notre sociologie. À chaque niveau d’analyse de la réalité humaine, on rencontre les conditions qui mettent en place l’intolérance religieuse et la méfiance clanique.

Je ne veux surtout pas «tolérer» mon voisin. Je ne veux pas non plus l’accepter ou l’aimer. Je veux pouvoir faire société avec lui, faire pays. Je veux qu’il me rejoigne dans la marche de l’Histoire. Je veux qu’il partage mes souvenirs et veuille avec moi en créer pour de futures générations. Je veux créer des alliances stables et durables avec lui.

Je ne lui demande qu’une chose. Quand on se rencontre dans la rue, dans le quartier, dans la cité, qu’il ne me dise pas d’emblée qu’il fait partie d’une communauté exclusive dont les dogmes me considèrent comme trop impur pour jamais ne serait-ce qu’en devenir membre honoraire. Qu’il ne me rappelle pas à tout moment, par ses signaux extérieurs, qu’à ses yeux ma bouffe est impure, que mes pratiques sont hérétiques et que ma blonde est impudique.

Surtout, qu’il ne me dise pas d’emblée que jamais ses enfants n’auront la permission de fréquenter les miens, dans l’espérance qu’il en survienne parfois des unions. Car c’est là le rejet ultime, non pas seulement de qui je suis, mais de tout ce que je, et nous, pourrions être.

Quand je vois se multiplier ce phénomène dans mes quartiers, je me trouve agressé dans ma sociologie.

Parce que l’exubérance identitaire religieuse n’est jamais, par définition, personnelle. Elle est toujours communautaire.
Quiconque ne comprend pas ceci devrait à tout jamais se taire sur toute question de société.


















Je reviens de mon balcon. Il y a en ce moment un camion remorque qui tente d’emporter une voiture garée en face de chez moi dans le banc de neige. D’autres voitures y sont garées. J’en déduis que celle-ci se fait reposséder, dans la nouvelle brave économie du crédit et de la dette.

Nous vivons des moments troubles. Le Monde se dirige vers le plus pire. On ne focalise pas sur les unions, mais sur les tensions.  On exacerbe.

Ça va commencer.

Le pire arrive depuis trop longtemps déjà. Je compte 42 ans d’expérience, bientôt 43. J’ai vu le pire dans les années 80, quand la déprime a pogné. Je suis un enfant de cette ère qui se cherchait, mais qui se connaissait encore.
Puis il y a eu la déprime, un sursaut et enfin l’oubli. C’est là qu’on en est.

Ça va commencer.

Ce que j’ai le plus vu évoluer au Québec depuis 25 ans, ce sont les pawnshops. Si on m’avait demandé dans les années 80 ou 90 où trouver un pawnshop, je n’aurais su quoi répondre. Aujourd’hui, il y a un pawnshop à tous les deux coins de rues.

Le Monde va commencer à se contracter.
Le réchauffement de la planète, la crise des hydrocarbures, l’économie – la Sainte-Économie – qui ne cesse de se crisper, l’eau potable, les taux de change, les tensions raciales, les revendications de genres… Les politiques identitaires.

Le Monde va se contracter. Et c’est la survivance qui aura droit de cité.
Comme toujours, ceux qui seront là pour en parler dans 50 ans, dans 500 ou dans 5000 ans…  Ceux-là n’auront accompli qu’une chose et une seule.  Ils auront survécus.