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Anglos-Francos

Imaginons un scénario de sociologie-fiction.

Un pays tel que le Maroc (ou l’Algérie, la Tunisie, etc.) découvre une ressource x et a besoin de beaucoup d’ingénieurs pour la développer. Elle fait alors un appel à l’immigration.  Et ça adonne qu’un nombre important de Québécois et autres occidentaux, attirés par de bons salaires et une existence au soleil, décident de déménager et de fonder leur vie là-bas.

Sauf qu’ils ne se sont jamais vraiment intéressés à la culture locale avant d’émigrer.  Alors au fur et à mesure que leur nombre augmente, ils se concentrent dans certains quartiers. Et ils deviennent de plus en plus visibles, surtout qu’ils ont la manie de se regrouper les soirs et après-midis de congé dans les parcs et sur les plages, les femmes en bikinis, parfois même se faisant bronzer seins nus, pendant que les hommes se font griller de côtelettes de porc au bbq et que tout le monde boit de la bière et du vin, y compris durant le ramadan. C’en est même que des mères se présentent de plus en plus souvent à l’école en hauts de bikini pour chercher leurs enfants!

Étant donné la présence islamiste dans ces pays, on pourrait s’attendre à des réactions très violentes et meurtrières, et avant ça à des arrestations et des condamnations pour atteintes à la pudeur. Mais imaginons plutôt que tout se passe pacifiquement…
Pendant 5, 10, 15 ans…  La population locale « de souche » s’exprime à travers des forums divers, Commissions et autres sondages qui révèlent que, dans une proportion très majoritaire, ces comportements des occidentaux choquent profondément ses valeurs conservatrices et qu’elle y voit une invasion culturelle.

Sauf que ces Occidentaux immigrés, au lieu de se remettre en question, ne cessent d’invoquer leurs droits individuels et que ça fasse partie de leur identité d’agir de la sorte. Et lorsqu’on leur parle de s’intégrer, ils rétorquent que les Marocains de souches sont tout autant des immigrants qu’eux, alors ils n’ont aucun droit légitime à définir le contrat social local…

Encore une fois, j’imagine mal que ça se passe très pacifiquement.
Mais surtout, est-ce que je me trompe ou nos inclusivistes ne seraient pas prêts à les défendre avec la même ardeur qu’ils défendent les voiles et autres comportements religieux qui choquent profondément les Québécois et qui vont totalement à l’encontre de l’évolution sociale et culturelle de cette société-ci?

 

Mais pour en revenir à nos moutons de Panurge québécois…

J’ai répondu ceci aujourd’hui à quelqu’un qui me demandait de clarifier mes politiques concernant l’immigration et l’islam.  J’ai répondu ceci :

Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs qui entrent en compte en ce qui concerne l’immigration aujourd’hui.

Dans le désordre :
-Le nombre. C’est sûr que si tu es tout seul de ta gang à déménager dans une culture complètement étrangère, ce n’est pas la même chose que si tu es 1 million.
-Les communications. Aujourd’hui, c’est vrai que tu peux être physiquement ici, mais culturellement à des dizaines de milliers de kilomètres. C’est vrai qu’il y a plein de maisons où n’entrent que les chaines satellites venant du pays d’origine, où on ne lit que les journaux dans la langue d’origine et où quand vient le temps de marier les enfants on se tourne vers le bled d’origine.
-La religion, comme tu dis. Mais dans le cas spécifique de l’islam, il faut compter la diffusion d’une lecture rigoriste de la part des Frères musulmans, des khoménistes et du wahhabisme, le tout financé par les Saoud.
-Un ordre moral « progressiste » qui s’est installé en occident, alimenté par des décennies de déconstructionnisme postmoderniste.
-Ce dernier point pave le chemin pour une culture, la nôtre à toi et moi, qui ne croit plus en ses propres institutions ou en ses propres fondamentaux philosophiques.
-L’influence colonisatrice du monde anglo-saxon, chez qui la culpabilité postcoloniale et la forme particulière de son racisme ont conduit à l’élaboration du dogme multiculturaliste.
-L’éducation.  Qui n’est pas la même si la majorité de votre immigration vient du Maghreb; ou alors plutôt de l’Afghanistan, du Pakistan, d’Arabie saoudite, d’Iran ou de Turquie.  On ne parle pas du tout du même monde en termes de culture et d’éducation.
-Ni en termes de volonté de s’intégrer.

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Imaginez cette Histoire du Québec alternative…

Suite à la Conquête, les Canado-britanniques nous persécutent et nous déportent en masse, si bien que la population française de la province chute à près de 0. Les Québécois trouvent refuge un peu partout, en Europe surtout. Le continent nord-américain devient enfin unilingue anglais.

Survient la IIe Guerre mondiale et les Allemands décident, suite à la capitulation de la France, d’exterminer toute population qui, à l’extérieur de Vichy, parle français. Parler français devient synonyme de « sous-race ».

C’est un massacre et les Québécois se font gazer par dizaines de milliers.

Suite à la défaite de l’Allemagne, les nations européennes choisissent de réparer le tort – celui de n’avoir pas protégé les Québécois d’une quasi extinction programmée – en tordant le bras du Canada, pays unilingue anglais coast-to-coast, maintenant un allié depuis la Guerre. L’Europe fait rendre au Canada les territoires jadis confisqués aux Français de l’ancien Bas-Canada, dont Montréal, Québec et plusieurs régions de la province.

Déjà, un mouvement de retour avait commencé à s’effectuer, alors que des Québécois d’Europe, sentant la soupe chaude dans les années d’escalade vers la Guerre, avaient commencé à migrer et à acheter des terres : d’abord au Saguenay, puis dans le Bas du fleuve, dans la Vallée du St-Laurent, etc.

Maintenant, les populations locales, unilingues anglaises, se voient expropriées de leurs terres. Un grand nombre tente de rejoindre l’Ontario, les autres provinces et même les États de la Nouvelle Angleterre.  Mais très rapidement, les frontières se referment et un nombre important d’Anglais se voit confiné dans ce renouveau québécois. Tandis que des colons québécois, rescapés des camps de concentration européens, reviennent en masse vers ces terres.

Au lendemain d’une promulgation de souveraineté québécoise, le Canada et les États-Unis nous déclarent la guerre, chacun se vouant à l’extermination du dernier d’entre les Québécois et jetant toute sa puissance militaire comme sa propagande politique au service de La Cause. Décrétant-même que de mourir pour La Cause est la condition la plus noble, valorisée et rémunérée des sociétés canadienne et américaine.

Pendant ce temps, les Anglais demeurés sur le territoire québécois, parce que refoulés aux frontières canadiennes et américaine, embrassent néanmoins la cause anglaise et se vouent à la destruction du Québec et à la restauration d’un continent purement anglais. On voit alors des commandos anglais et autres kamikazes orangistes se faire exploser au Marché Atwater comme dans les autobus Voyageur, dans les Lafleur Hot-dog, les églises catholiques, etc.

Sauf que le Québec résiste et parvient à repousser les assauts. Mais aucune trêve ne tient jamais. Les Québécois sont toujours menacés, décrits comme des sous-humains pas leurs voisins belliqueux. Sur leur territoire, ils ont dû décréter des statuts spéciaux à certaines régions et y instaurer à toute fin pratique un régime martial !  Car les Anglais qui y habitent en majorité, et qui sont toujours rejetés à la frontière de l’Ontario et du Vermont, demeurent radicalisés en vue d’une annihilation du Québec et de l’extermination de tous les Québécois qui y vivent. Il faut dire qu’ils sont abreuvés à longueur de journée par de la propagande locale, mais aussi canadienne et américaine, visant à leur faire oublier que même ces pays anglais ne veulent rien savoir d’eux; sinon lorsqu’ils peuvent servir de chair à canon dans leurs propre conflit avec l’idée même d’un Québec et des Québécois.

Alors, toutes autres choses étant proportionnelles par ailleurs, dans ce récit de fiction, on arrive à aujourd’hui. Depuis des décennies, il règne une paix fragile entre le Québec et ses 2 voisins. De nombreuses tentatives de médiation et plans de paix sponsorisés par l’Europe ont échoués. Surtout, la minorité anglaise qui demeure toujours captive au Québec continue une rébellion apparemment sans fin, aidée de commandos canadiens et américains qui la financent, l’aident d’un point de vue logistique et envoient sporadiquement des martyrs se sacrifier pour la cause. Les leaders de la rébellion anglaise n’ont surtout aucun scrupule à encourager tout citoyen anglais du Québec à confronter une mort certaine en se faisant kamikaze au centre-ville de Montréal, lui promettant à la fois une place dans le panthéon des martyrs canadiens, ainsi qu’une rétribution monétaire pour les membres restants de sa famille.

Alors vous êtes un Québécois, une Québécoise. Vous essayez de maintenir une société faite de démocratie, aussi imparfaite soit-elle. Vous combattez le racisme, souhaitez la paix et souhaitez une résolution pacifique à ce conflit dans lequel vous êtes né. Vous faites quoi ?

J’ai grandi dans une paroisse, qui est devenue un quartier. Ça ressemble aujourd’hui à un dortoir, mais à l’époque c’était pas mal cool.
La petite gang: Luis, Mehdi, Simon (qui était anglais et qui nous faisait bidonner à chaque fois qu’il disait des trucs comme «je suis sur le téléphone»). Puis les autres, comme Piotr, Manu, Algary….

Pour le reste, on regardait tous des Passe-Partout et des films de Bud Spencer, qu’on imitait.  On regardait CHiPs, Goldorak et des séries de sci-fi comme Galactica. Nos parents venaient de différents coins du globe, puis de différents coins du pays. On s’en foutait pas mal en fait. Je savais qu’un était « Portugais », l’autre « Algérien » ou « Polonais », et ça m’intéressait évidemment, moi qui voulait tellement voyager.

Sauf que quand on jouait entre nous, loin de l’influence des parents, on était juste une gang de petits Québécois. Dans la paroisse St-Albert-le-Grand, puis dans le quartier Maisonneuve, à l’ombre du Stade, en passant devant l’église pour se rendre à la cour d’école, quand on n’explorait pas le champ «sauvage» des Shop Angus…

Aujourd’hui, tout ça, le fait qu’on ait tous écouté Passe-Partout ensemble et que ça nous ait donné un ciment inclusif des plus solides pour apprendre à communiquer et à jouer ensemble, entre nous. Tout ça, de manière la plus perverse, ils, les soi-disant «antiracistes» d’aujourd’hui, ils appellent ça du «colonialisme» et me somment de m’en repentir…

Je vous dis simplement Fuck you.
Nous au moins, on a appris à jouer ensemble. Puis à étudier ensemble. Puis à travailler ensemble. C’est ça mon Québec.
Ce n’est pas ce Québec progressiste et soi-disant «antiraciste» qui encourage chaque «identité» à se ségréguer dans sa différence.

Mon Québec à moi, il te dit de cesser de faire suer tout le monde avec tes différences et les accommodements que tu exiges de moi dès que tu débarques, ou pas longtemps après.
Tu as choisi — et tu continues de choisir si tu es né(e) ici — une société qui fonctionne mieux qu’il y a 50-60 ans parce qu’elle a choisi d’être laïque, et qui réaffirme ce choix de manière largement majoritaire à chaque fois qu’on lui demande.

Alors c’est toi qui fait le chien dans un jeu de quilles ici.
Tu revendiques de porter en tout temps un uniforme religieux, communautaire et identitaire, dans une société sécularisée et anti-tribale?  Tu revendiques que la société soit en permanence à l’affut de tes frustrations sociales, alors que tu te définis d’abord par ta différence? Tu nous accuses de ne pas suffisamment t’intégrer, pendant que toi tu n’appelles «frères» et «sœurs» que ceux qui partagent ta foi, tandis que tu interdis à tes enfants de marier les miens?…

Tu sais quoi? Toi qui me conchies avec tes micro-agressions à la sauce pseudo-scientifique, qui masquent mal que tu ne fais qu’habiller de verbiage ta propre haine, dont celle de toi-même…
Va te faire foutre.

Moi, je retourne jouer avec Mehdi, Luis, Algary, Piotr, Phong, Simon, Marisol et la gang. Il est là mon Québec.


















In response to this:
Washington Post, Why is it Progressive Quebec has so many shootings?

I am what you could call a “Quebecois nationalist”.

This word, “nationalism”, means many things in today people’s heads. Including an automatic association with the far right for many, who always fear the sudden return of the 1930s. In my case, it simply means that I quite like my little nation and think it worthy enough to continue persisting into History. I do not think that Quebec is in any way perfect, nor a superior nation or culture, and I acknowledge all its flaws. In fact, I am at any moment 100 times more critical of this society and its people than any outsider could ever be. Even the ones who hate us so much that they would take time in their lives to write a litany of libelous half-truths about us and have it published in a major American newspaper. I am still unimaginably more vicious than he will ever be, even in his dreams, when I decide to judge and condemn my own politics, culture and history, because I actually know and understand them.

In these days of tragedy, you will understand that it is painful to call oneself a Quebecois, even for someone like me. But still, I wish that we could have had at least been left to mourn a couple of days before someone jumped on the occasion to cynically use this unqualifiable human tragedy as an excuse to pile up more hate on us.

Hate exists here, as it does in every society. Put any 10 people together, and sure enough 1 or 2 will reveal themselves to be haters, and too often they will sway 3 or 4 more to their views.
I have brushed with hate on a few occasions, starting from my youth. If you remember the late 80s, early 90s, you will recall how they were discovering neo-Nazi para-military training camps across the USA. Here in Quebec, I do not know that it ever got that far (although it could have, I am certain). As a pacifist, I managed to get beaten up by skinheads who didn’t like my appearance or my views on a couple of occasions. (I learned to run really, really, fast in those days!)

One thing that I did learn from such people, because on a couple occasions I managed to have a conversation with them, is that they all have one trait in common. And this has proven true long after the skinheads of my youth thankfully faded into the decor. In all of the conversations that I’ve had with haters, may they be racists, xenophobes, misogynists, religious fundamentalists, far right or far left extremists, anti this or that… They invariably cling to their own sets of facts and are very proficient at cherry picking. Just as much as you can count on a skinhead to cherry pick the news for crimes committed by Afro-Canadians, you can also count on a Francophobic seemingly intellectual racist to show a profound confirmation bias. (That is, the psychological mechanism by which one only remembers events that favour their theses and disregards the ones that contradict them.)
As such, I invite everyone to consult the Wiki page in the link below. I hope that you will at least get a glimpse of how J.J. McCullough’s article is nothing but heavy cherry picking with the intention of defaming.

I especially hope that you will question how easy it seems to be, in American and Canadian media, to smear and defame the French-speaking component of this continent. If, as a litmus test, we were to compare with what someone can or cannot say about other groups such as Jews or Afro-Americans without risking one’s career and reputation, then we must conclude that racism against the French gets a free pass.

How was it possible for Mordechai Richler to have his rancid, Anglo-supremacist rhetoric, peppered with objective falsehoods, be published unchecked in The New Yorker in 1991? How was it possible for Jan Wong to have her spurious theories published in a major Canadian newspaper? How is it still possible for Howard Stern to be on the air, when he would have been whacked out of a career had he said a quarter of what he did about the Jews instead of about French-Canadians?

How is it possible that French schools were outlawed everywhere in Canada and the USA for centuries, in an effort to solve “the French problem” by forced assimilation, without anybody outside Quebec ever talking about it: As if it never happened? How could anyone forget that not so long ago, 1 in 2 English-Canadian man was affiliated with an Orangist lodge, while our own Canadian version of the Ku Klux Klan burned crosses: Not on Afro-Canadian families’ lawns, but on those of French-speaking Catholics?
How can anyone dare call Quebec’s language laws “supremacist”, when a qualified French-speaking engineer in my father’s generation, in the 1970s, would systematically be told “Sorry we don’t hire French-Canadians!”, if he dared apply for a job at any English owned firm in Quebec?
You want to talk about supremacism?  When, up to until my grand-father’s generation, all uneducated labourers in any given English owned company in Quebec had to self-teach themselves English, for the only reason that their bosses would never lower themselves to learn the language of their employees?  Add that those employees were punished with fines on their meagre pay for getting caught speaking French among themselves.
Explain to me how is it that large French-speaking populations, from Louisiana to Detroit and to the Canadian West Coast, were beaten up and ostracized into not transmitting their language to their children.  Them who toadya do not even know what their own surnames mean, when they are called Frenette, Trudeau or Leboeuf.

(Yet, I guess that we should count ourselves lucky in one sense. Even though the English constantly referred to us as “the French race” for most of our shared History, it seems that we were white enough in their eyes to have been spared the fate that they reserved for the Native peoples…)

You want to call us racists? When it is in Quebec that you will find the highest rates of international adoptions and mixed-race couples? When it is here that you will find the least hate crimes year after year? You want to call us anti-Semites, when it is French politicians in Quebec who were the first to grant Jews the right to vote in all of the British Commonwealth (in 1831), and while until not so long ago, only French universities would accept them? You want to call us racists, when every single week, Canadian newspapers publish op-eds describing Quebec, its culture and people as “corrupt”, “tribal”, “backwards”, “undemocratic”, “intolerant”, “racist”, if not outright “fascist”? When the time comes to smear this whole society, it seems that no hyperbole is ever too exaggerated.  And it is exactly such language that can directly explain at least a couple of the massacres that have happened in Quebec as of late.

None of this, of course, lessens the horror that took place in Quebec city. That it took place here shames and saddens all of us, as Quebecois, as Canadians, as North Americans, as Westerners and as Humans.  The massive outpouring of grief and denunciation from all corners of society demonstrates that fact. And nobody is claiming that this society is perfect or that it doesn’t have its share of idiots, of failed individuals, including savage and murderous ones. But to take this “opportunity” to score cheap heinous points on our back…  It is nothing less than cynical and vile, when our eyes are still blurry from the tears.  Shame on the Washington Post for having given a loudspeaker to this hateful character.

Someone would have to be in deep denial, since at least the last 15 years, not to understand that there is a growing problem involving religious, and especially Islamic fundamentalism, as well as the xenophobic far-right response to it; everywhere in the Western World and beyond. This tragedy against Muslims happened here first.  But nothing says that it could not have happened in the USA, which objectively produces more hate crimes than Quebec ever could, and as Charleston and Orlando reminded us again recently. Or it could have happened in Europe, where again yesterday an Islamic fanatic attacked military officers, and while right-wing mobs regularly torch down Syrian refugee centres.

Quebec society has started its introspection following last weekend massacre, as every Western society must do in this era of ethnic and especially religious tensions. Quebec, or French-Americans, are not shielded from this world. No more than we can be made to be a special exception to it, as only a deeply racist mind would claim.
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Wikipedia,: List of massacres in Canada:
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_massacres_in_Canada

Je suis Canadien. Je suis Québécois.

La neige m’est une seconde nature. Je peux y dormir.
La neige est pour moi ce qu’est une peluche de poche pour un Canadian ou un American sur le continent. La neige m’est une familiarité et une évidence, comme le choix d’une bonne botte, de bons patins, de bons skis ou de bonnes raquettes.  C’est un instinct.

La neige, c’est ce que je sais maîtriser le plus. À travers mes souliers et mes bottes, quand je marche dans les rues et les sentiers.  La neige, c’est le crépitement de la vie qui se bat pour vivre, quand elle devient consciente que dans l’arrêt, elle meurt.

Puis la neige, ce sont les souvenirs de mon enfance. Les forts, les batailles épiques, les randonnées en bicycles, les explorations de ruelles…  Puis l’été qui finissait par revenir.

Les saisons, c’est ce que j’ai su retenir de mon éducation. Et apparemment, il y aurait une saison pour tout.
Je me demande souvent à quelle saison je suis rendu



















«Comment êtes-vous devenus indépendantistes, souverainistes voire séparatistes? Partagez votre histoire. On veut toutes les connaître.»

Ça a été l’évolution d’une longue déception pour moi.

Depuis l’enfance, j’aimais bien le drapeau bleu, même si je considérais que le rouge me représentait aussi. Il y avait les kids anglos qui jouaient plus loin dans le quartier. Ça me frustrait de ne pas les comprendre. Alors je faisais des efforts. Dans ma gang, il y avait Simon qui était à moitié anglophone par sa mère. Ses 3 grands frères parlaient tous plus anglais que français.

J’étais super bon à l’anglais à l’école. Toujours une matière refuge pour moi, les langues. Puis j’aimais bien une certaine idée du Canada.
Même si je me sentais plus spontanément proche de la culture québécoise, je voyais les Canadiens comme de sympathiques voisins. J’écoutais du Cohen, du McGarrigle et du Hemsworth, avec du Charlebois, du Vigneault et du Renaud. Et ceci même si les kids anglos de mon quartier nous pitchaient des roches finalement quand on s’approchait de leur territoire.

Puis je suis parti dès que j’ai eu la chance, vers le milieu du Cégep. Parti sur un coup de tête, sur le pouce dans l’Ouest. La Saskatchewan, l’Alberta, la Colombie-Britannique et l’Alaska pendant 3 ans. Beaucoup d’amis et de rencontres. Mais aussi des déceptions. Plein de bon monde qui m’ont éduqué et ouvert les yeux. Mais un seul en trois ans qui, lorsque je lui parlais de Richard Desjardins ou de Vigneault, ne m’a pas répondu «Who?».

Puis je me suis poussé plus loin. En Asie pendant 5 ans. C’est de là que j’ai assisté au référendum de 1995. Je crois que je n’aurais pas survécu si j’avais été ici.
Un ami Thaï, lorsque je lui décrivis le résultat, me répondit éberlué : « Si ça c’était passé ici, il y aurait eu du sang dans les rues… » Je le crois, c’est arrivé depuis.

C’est à mon retour au pays que je me suis aperçu du sacrifice constant que mon peuple fait pour demeurer dans le confort et l’indifférence.
Pendant huit ans, je me suis forcé à apprendre les langues d’où je me trouvais. D’abord l’anglais, puis le thaï, puis le laotien, puis le khmer. Pas juste dans le but de pouvoir être fonctionnel, mais pour apprendre à connaitre les gens. Pour ne pas être limité à la portion qui parlent ma langue. Connaitre leur histoire, leur culture.

C’est à mon retour ici que je me suis aperçu que finalement, les kids anglos de mon quartier se foutaient pas mal de savoir qui j’étais.
Pendant que j’étais frustré de ne pas pouvoir parler leur langue, eux étaient finalement plutôt fiers de ne pas parler la mienne.




























Couillard est très précisément la raison pour laquelle il nous faut atteindre l’indépendance.

De Durham à John A. Macdonald, de Jean Lesage à Bourassa, puis à Jean Charest et à Couillard…, toujours en déclin, ce que nous offre le Canada comme partnership cache de plus en plus mal sa volonté d’hégémonie continentale de la langue et des politiques anglaises.  À chaque nouvelle génération de politiciens fédéralistes, la mascarade d’un beau grand Canada où les 2 langues sont autant respectées continue de se dévoiler.  Tandis que la population canadienne cache toujours aussi mal son dédain de la différence culturelle.  Certes, les lois fédérales «protègent nos statuts et nos droits linguistiques»…  Comme si ça avait déjà intéressé quiconque à l’Est ou à l’Ouest, mis à part une élite canado-ontarienne de gauche, sorte de «clique du Plateau» pan canadienne.  Mais ça frustre au contraire tous les autres canadians.

Couillard est le meilleur argument pour l’indépendance du Québec précisément parce qu’il personnifie enfin, dans son incarnation humaine la plus consubstantielle du fédéralisme ottavien, ce provincialisme normatif imposé par le mode intellectuel anglo-canadien : c’est-à-dire le modèle impérialiste anglo-saxon classique.

Couillard incarne le manque de confiance en soi et le désir d’être autre pour exister.  Ce qui est précisément la faiblesse qu’exploite toujours l’impérialisme culturel.  Quand il ne dénonce pas outrageusement le «repli identitaire» dès que nous nous affirmons comme nation.
Fort de ce mandat, Couillard n’incarne tristement que la corruption des plus basses expectatives en nous.  Et ça semble lui suffire maintenant qu’il aura été premier-ministre.  On dirait déjà, dans son détachement, qu’il se prépare à passer à autre chose.

En termes d’aspirations existentielles pour nous, surtout en termes d’aspirations intellectuelles, Couillard n’est qu’un kamikaze fédéraste.  Ses derniers bredouillements, confus et haineux, à propos du Parti québécois et de la CAQ ne démontrent qu’une chose (qu’on savait pourtant déjà depuis son départ du gouvernement Charest et ses autres entreprises) : il n’a aucune empathie morale.

C’est un handicap important et c’est à prendre très au sérieux.  Mais ça disqualifie pas mal quelqu’un d’être premier-ministre d’une nation comme le Québec.

Rationnellement, logiquement, on se dirait que les tactiques libérales canadians ne devraient pas avoir grand impact sur nos vies.  Sauf qu’elles en ont.  Les libéraux, tant du PLC ou du PLQ ne se perçoivent jamais que comme les avant-postes coloniaux de la conquête continentale britannique dans ce dernier territoire: conquis, mais encore incomplètement occupé.

Là où The Gazette de Montréal pouvait plus aisément appeler au meurtre et à la déportation des Canadiens-français il y a quelques décennies, maintenant la tactique a changé.  Selon le bon manuel impérialiste anglo-saxon, il suffit de diviser pour mieux régner.

Ségréguer des «communautés» fictives, les rendre homogames et repliées sur elles-mêmes.  Prôner la transfrontiérisme tout en militant pour le «droit» des individus à toujours plus se définir communautairement.  Encourager les minorités à toujours revendiquer plus, à culpabiliser les majorités, pour enfin récolter tous les fruits de l’indignation dans des buzzwords et autres produits culturels à vendre sous forme de casquettes et de trends à suivre.  Sur Amazon en anglais.

On aurait pourtant pu être quelque chose…  Quelque chose comme un grand peuple.
On ne demande pas beaucoup.  Juste d’exister.  De renouer avec les peuples qui nous ont accueillis ici.  D’occuper ce beau territoire de manière à bien le léguer à nos enfants.  De bien y accueillir les nouveaux arrivants.
D’offrir à nos enfants et à nos descendants une belle culture commune en héritage.

Couillard ne comprend pas ça.  Ni Ottawa.  Ni Justin Trudeau.  Ni le Canada.

Couillard symbolise carrément cette incompréhension de qui nous sommes.