On commençait pourtant à peine à s’en sortir

C’est bizarre. J’ai beau être blanc, mâle et occidental, je ne semble pas accéder au «boys’ club» dont je suis apparemment si privilégié de faire partie…

Ça devrait pourtant m’échoir de naissance. Au contraire, je sens que j’ai été plutôt discriminé dans la vie. En étant pauvre dans un collège de riches, en étant un introverti individualiste et un peu original entouré de gens de gang. Un gars qui ne comprend rien au hockey ni aux chars, un pas cool qui s’est fait intimider depuis l’âge de 4 ans dans la ruelle derrière chez lui jusqu’au milieu de l’école secondaire. Quelqu’un qui plus tard a souffert de dépression et qui ne comprend toujours pas toute l’agitation autour de lui à propos du succès, de la performance professionnelle, de l’importance de faire partie de «l’équipe»… Quelqu’un dont l’avenir professionnel est complètement bouché à ce stade.

Je suis un «néo-colonialiste», ah oui? Je traine pourtant dans mon bagage des générations de petitesse. Comme par exemple mon grand-père : un homme grand, mais qui a réussi à devenir assez petit pour toffer à travers toute une vie de petites humiliations, comme celle de devoir toujours parler la langue de ses maîtres chez lui.
Il regardait les étoiles avec un télescope pourtant. Sans éducation, lui qui avait appris à compter et à lire tout seul, même en anglais. Ce télescope fut probablement la seule dépense folle de toute sa vie. Lui à qui il fallut mentir quand j’ai renié le petit Jésus-Christ. Lui qui ne s’est jamais divorcé d’une femme, ma grand-mère, qui lui a pourri la vie à l’accuser de tous les péchés bibliques. Lui pour qui l’humilité et l’obéissance, bibliques aussi, étaient actes de foi pieuse.

Alors dites-moi encore que je n’ai pas droit de parole, parce que ma parole est «raciste». Ceci quand je vois des «néo-Québécois», ou même des «Québécois de souche», se faire rapetisser par les mêmes combines encore. Redites-moi que je suis «paternaliste» lorsque je constate que la même religiosité pointe à nouveau son nez puant chez moi, mais avec une rage dans ses textes et ses revendications qui n’avait jamais encore existée ici auparavant.  Dites-moi encore — parce que je suis sourd d’une oreille, celle tournée vers le passé –, redites-moi encore comment je n’ai ni le droit de commenter ni celui de voir.

Décrétez surtout que je n’aie pas le droit de m’inquiéter. Stipulez que je n’aie pas le droit de demander si je pourrai laisser mon héritage dans les mains de ce futur qui annonce le retour de ce que mon grand-père a vécu.

On commençait pourtant à peine à s’en sortir…

































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