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Microaggressions

Nous sommes une société qui, malgré tous ses défauts, évolue. Et elle évolue dans le bon sens. Il y a une différence objectivement appréciable entre le Québec d’hier et d’aujourd’hui, dans toutes les matières ayant lien aux droits humains.

Il existe d’autres sociétés, dont parmi nos voisines tant d’un point de vue géographique que civilisationnel, qui stagnent ou régressent, que ce soit depuis 2000, 400, 50 ou seulement 15 ans. Toutes les explications historiques, politiques et sociologiques sont bonnes pour expliquer le phénomène. Mais au bout du compte, il faut en faire le constat et cesser de relativiser.

Sauf qu’aujourd’hui, les guerriers égarés de la rectitude morale s’en prennent aux mauvais moulins.

Je me suis souvent demandé pourquoi le plus souvent, les révolutionnaires, que ce soit ceux de Germinal ou de Dostoïevski, qu’ils soient Allemands ou Français, Chinois ou Khmers… Pourquoi ces intellectuels proviennent toujours de la bourgeoisie? C’est parce qu’ils en ont le luxe. Ils ont la quiétude d’esprit qui se perd avec la réelle précarité : celle dont on ne peut sortir. Ils ont la marge pour penser et pour s’ennuyer.

Alors, au lieu de voir l’évolution du système et de platement y travailler, ils se rêvent de grandeurs.
Parce que c’est nécessaire?  Non.  Simplement parce qu’ils en sont capables.
Ils deviennent alors des révolutionnaires, sans égard au besoin ou à l’époque.

Il y a les grands et les petits Pol Pot. Les petits sont sympathiques. Mais ils peuvent parfois paver la voie à des grands plus menaçants.  Il suffit pour ça qu’ils se coalisent et deviennent une force culturelle puis politique.
Traditionnellement, ça demandait de l’effort.  Aujourd’hui, il y a les médias sociaux…

Quelqu’un fait remarquer que Macron s’adresse à la nation en disant « peuple de France ». Et que cette expression est un glissement sémantique depuis « peuple français ». J’ajoute que ce devrait être simplement « Français ». (Ou comme au Québec : « Français et Françaises ».)

Mais nos écervelés d’antifas, anti réacs, anti colonisation, anticapitalistes, anti mixité raciale, anti système, anti laïcité, anti-ci et anti-ça.  Ils ont convaincu bien des intellectuels en manque de renom à nous faire croire que le « nous » est toxique.  Même qu’il n’existe pas.

Dire « nous Québécois » ou « nous Français », ou autre, n’a rien de raciste ni de colonialiste. (Pour ce que ça peut bien vouloir dire dans le contexte actuel…) Ça n’a même rien d’exclusif, ni encore moins de dominateur.
Bien sûr que des excités vont te dire que tu es un « tu » puis un « vous » à cause de la couleur de ta peau ou de ton accent, de ton nom. Mais tout le monde est d’accord que ce ne sont que des caves!  Et ces mêmes caves me sautent dessus autant que sur toi, même si mes différences ne sont qu’intérieures.  C’est des caves.

Ce qui compte, c’est ce comment l’ensemble de la société réagit à de telles agressions. Et le fait qu’elles sont en constante baisse.

Quand je dis « Québécois ». Quand je dis « Nous ». J’en appelle à mes frères de sang bien sûr, qui spontanément se rappellent les mêmes souvenirs que moi.
Mais j’en appelle aussi bien sûr à toi qui débarque et qui dit : « Hey, comment je peux rentrer dans la gang? ».  J’en appelle à toi mon voisin aux souvenirs d’enfance différents, mais humainement reconnaissables : si on s’accorde au moins sur un langage commun.

Toi qui ne me rejette pas sur la base de mes origines ou d’une autre catégorie quelconque.  Mais toi qui reconnait que les origines historiques de ce territoire existent. Et que ses héritiers demandent un engagement, une promesse morale envers leur mémoire, afin qu’ils puissent se permettre de t’accueillir dans leur « nous ».

Un pays, c’est un territoire, une population et une histoire.  C’est une perpétuation.

À toi l’étranger, de fait ou de sentiment.  Je te léguerai ma terre. Si au moins tu t’engages à y inscrire et à y perpétuer ma mémoire : à titre d’ancêtre, à titre de famille.

Si tu me promets que tes enfants auront le droit de marier les miens.
Je te donnerai mon âme, ma langue.

Les accusations d’«hétéro-normativité» ou autres «cys-normativité», etc., sont particulièrement révélatrices de la confusion intellectuelle chez les guerriers progressivo-moralistes, pour peu qu’on comprenne ce qu’est la normativité prise au sens statistique plutôt que moral.

Lorsque je prends pour acquis que l’individu doté d’un pénis devant moi, sans autre information pertinente sur sa personne, se définit comme un homme et que je l’appelle spontanément monsieur, je ne fais qu’aller avec la norme statistique, en calculant que je fais le bon choix dans 99,9…% des cas. Ensuite, si la personne me réplique que non et que je viens de tomber sur l’infime fraction où ce n’est pas le cas, je pourrai ajuster mon langage avec elle. Si elle décide plutôt de crier à l’injure et à la discrimination, c’est simplement qu’elle confond être minoritaire avec être systématiquement discriminée : le premier relevant d’un mesure statistique objective, alors que le second relève d’une intention malveillante.

Idem pour l’orientation sexuelle : l’hétérosexualité, l’homosexualité et la la bisexualité.  Je ne suis pas plus coupable de discrimination si, sans avoir de renseignements pouvant m’indiquer le contraire, je demande spontanément et sans trop y penser à mon neveu s’il a une blonde, alors qu’il vient de se découvrir homosexuel. Je comprends que ça puisse le rendre inconfortable ou l’agacer. Et le jour où il me dévoilera son orientation, je m’excuserai et ne commettrai plus le faux-pas. Mais encore ici, je ne fais qu’aller avec les statistiques : je ne cherche pas a priori à lui imposer une identité ou une norme qui serait morale.

(Par contre, si une fois informé du genre ou de l’orientation de mon interlocuteur, je continue à l’appeler monsieur pour l’un et à demander à l’autre s’il a une blonde, on pourra plus légitimement se questionner sur mes intentions…)

Enfin, pour couronner le tout, on en rajoute aujourd’hui avec la multiplication des orientations et des genres, ce qui fait que les minorités deviennent de plus en plus infimes et qu’il est impossible de se tenir à jour avec le catalogue toujours s’épaississant de ces nouvelles identités. Avec pour résultat que même la personne la mieux intentionnée est toujours à un cheveu de mal catégoriser son interlocuteur et de se voir alors accuser de discrimination.

Cissexisme
Cissexuel
Dégenré
Dysphorie de genre
Expression de genre
Genre
Genre neutre
Identité de genre
Intersexe
Non-binaire
Mégenrer
Morinommer
Queer
Pansexualité
Sexe assigné à la naissance
Trans
Transgenre…

Et l’inénarrable Fluide !

J’entends souvent dire que l’époque est orwellienne.  Je la trouve même kafkaïenne.

 




























Il faudrait peut-être remettre certaines choses en perspective.

À tous les jours, des gens se voient dénoncés comme «islamophobes» sur le web et dans les médias.  Et à tous les jours, des gens étiquetés publiquement comme «islamophobes» sont menacés de mort et tués par des islamistes.

Parmi ceux qui les étiquettent d’«islamophobes», on retrouve pas mal de pseudo-intellectuels bien-pensants et vertueux qui ne risquent, eux, que des «micro-agressions» sur leur page Facebook.





















 

Ce que j’haïs de la gauche actuelle.

La gauche est supposée s’occuper des inégalités. Mais des vraies inégalités.
Se faire appeler par le mauvais prénom et péter une crise est un caprice. Voir quelqu’un nous imiter et péter une crise est un caprice. Chialer parce que la société ne nous a pas livré ce qu’on croyait nous être dû depuis l’enfance est un caprice.

Parce qu’il y a de vraies inégalités. Celles qui font en sorte que des enfants esclaves assemblent les I-Pads avec lesquels vous jouez, ou avec lesquels vos enfants jouent, si vous n’êtes en partant pas trop égoïste pour faire des enfants. Ce sont ces inégalités qui animent le monde aujourd’hui.

Ce n’est pas en étant végan, ni en étant inclusif, ni en donnant 20$ à Greenpeace, ni en recyclant vos ordures, ni en adaptant sans cesse votre vocabulaire LGBTQ2 exponentiel… que vous changerez quoi que ce soit à la marche de l’histoire.
Les populations bougent quand elles le peuvent et quand elles le doivent. Puis le nombre, le nombre et le nombre, additionnés à l’agressivité, fondent la loi du plus fort, qui est toujours la meilleure.

Et c’est ce qui est en train de se passer.

















Quelques réflexions sur l’affaire Sklavounos.

Je ne commenterai pas trop directement l’affaire elle-même. C’est justement le commentariat sur le sujet qui me turlupine un peu.

On peut néanmoins dire quelques choses sur ce qui s’est passé. La jeune femme recule déjà sur un point, et pas le moindre : les points de suture. Puis il semble y avoir d’autres contradictions dans son récit.
Je ne cherche surtout pas à la discréditer, elle ou son témoignage. Au contraire, je pense qu’on doit écouter à ce stade et s’assurer que toute la lumière soit faite sur les évènements. Il est trop tôt pour spéculer. On a tous appris cette histoire littéralement hier!

Tout ceci est arrivé comme une boule de démolition dans le débat public, par le biais de son poignant témoignage lors de la vigile à l’U Laval, en support à une série d’autres agressions sexuelles. (On n’en sait pas beaucoup plus sur ces dernières.)
Quant à Sklavounos, on sait qu’il traine une réputation et qu’au moins 2 plaintes formelles ont été faites sur ses agissements et sur son attitude envers les femmes. On sait au minimum que cet homme, marié et père de 2 enfants, travaille fort et avec insistance pour baiser tout ce que l’Assemblé nationale peut voir passer de jolies jeunes pages entre ses murs. On sait qu’il a baisé avec son accusatrice.
Bref, il a une sale gueule. Et en plus c’est un libéral.

Qu’on se serve de ces événements pour relancer le débat sur la culture du viol, soit. Qu’on parle des relations hommes-femmes, c’est toujours bon. Qu’on parle du consentement, ça demeure toujours essentiel. Mais à ce stade-ci, il nous faudrait surtout rester en mode écoute et poursuivre l’investigation, au lieu de nous empresser à condamner. Tout sur cette histoire reste à être démontré. Or, en ce moment, il y a ceux qui voient déjà l’accusé à la potence, et les autres qui cherchent l’hystérie chez la victime présumée. Ce n’est pas dresser des embûches que de le dire.

Il y a en ce moment une discussion sociale, et de plus en plus politique, sur cette notion de «culture du viol» qui se voit dénoncée. Je ne la nie pas et considère le terme utile au débat. Mais il doit être bien défini, ce qui n’est pas le cas présentement. Alors on rencontre beaucoup d’exagération comme de contestation à propos du phénomène.
Le phénomène existe, mais sa formulation doit servir à révéler une réalité culturelle, pas à embrouiller de discours la réalité.

La culture du viol existe, bien évidemment. Comme tout ce qui existe chez l’humain, chez l’individu, existe aussi en termes culturels, en termes sociaux.
Il y a une culture de l’alimentation parce que l’individu mange avec d’autres. Il y a une culture de la guerre parce que l’individu se bat contre d’autres. Il y a une culture de la justice parce que l’individu règle ses différents avec les autres. Puis l’individu baise et est violent avec d’autres : alors il existe une culture du viol.  Et il faut bien la comprendre si on veut justement influer sur cette culture.

En attendant, on constate surtout que le réseautage social informatique, aidé des chaines d’information et de commentariat en continu, permet une nouvelle résurgence dans le monde postmoderne de la «justice populaire». En anglais, on dirait lynch mobs.

Ce n’est pas être dans le déni que de le dire.

































ALLERTE DE MICROAGGRESSION!
Si vous prononcez mal le nom exotique d’une personne, c’est du racisme :
Mispronouncing Student’s Name Now Considered a ‘Microaggression’


Des fois, je rêve de retourner vivre en Asie pour essayer d’exporter là-bas toute ces idées de « microaggressions », juste pour voir comment ça colle…  Je suis certain que ça favorisera mon intégration et conduira à des relations harmonieuses : à une meilleure société, surtout pour eux.

Comme par exemple, me réinstaller à Bangkok et nommer mon enfant Jean-Ferdinand, pour ensuite traiter tout le monde de raciste quand ils le prononcent Jang-Fendinang.  De manière générale, crier à la discrimination et traiter de tous les noms quiconque me rappelle de quelque manière que je suis en minorité statistique, même quand c’est tout à fait innocent et sans malice de sa part, voire bienveillant.
Je compte insister en permanence sur le fait que je sois partie d’une communauté à part (le thème le plus fourre-tout de la décennie !)  Puis perdre patience et organiser des manifestations au moindre écart de langage ou d’arrière-pensée.

Bref, si je retourne un jour passer la fin de ma vie en Asie, j’y amènerais cette posture.  Puis j’enseignerai à mes enfants cette attitude.

Je n’essayerai surtout pas, comme la dernière fois, de me faire l’apprenti, l’ignorant culturel que j’ai été.  Celui qui amène dans son bagage sa propre culture, mais qui ne demande qu’à s’instruire.  Pas juste comment trouver une job, mais apprendre les codes de ce qui fait vibrer la majorité ambiante.  Apprendre pour pouvoir vibrer avec elle de mes propres cordes.
Ça serait trop réac comme attitude.