Le plus triste

C’est que si mon identité autonome nie sa propre existence par 0,58%…
Alors je ne vois pas pourquoi je devrais me foutre
De quelque autre identité que ce soit

L’identité des autres…
Si ma propre existence, autonome ou non
Ne surgit que dans la marge d’erreur
Pourquoi voudrais-je que d’autres prospèrent?

Je me voue moi-même, et ma descendance, à l’extinction
Nous ne serons même plus là de toute façon
Notre mémoire sera récupérée et réchantillonnée
Sans que nous en soyons informés de toute manière

 

Vos identités alors…
Au diable les Israéliens et les Palestiniens
Entretuez-vous donc!
Du balais les Tibétains et le Rohingyas
Vous vous laissez tuer, comme moi, de toute façon!
Les musulmanes et les imams qui se battent pour des fichus!
Puis les loups qui flairent la bonne affaire

 

Allez tous vous faire traire!
Et au diable vos identités

Peuple chinois, peuples américains
Ancienne Rome, vieille Europe
Langue anglaise, lingua franca
Langue arabe, arcane

Grandes puissances civilisatrices
Ma mémoire cèdera toujours sous vos pas
Mes enfants seront toujours à vous

Alors comment exister?
D’une manière ou d’une autre
En disant Basta!

 

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Et s’il ne s’agissait au bout du compte simplement que de mourir avec un super beau souvenir en tête…

En tout cas, moi j’en ai un.
Moi qui rentre fatigué de ma job, de ma journée, encore aujourd’hui, un peu las d’être moi. Je marche un peu penché, pensant aux tâches encore à accomplir pour conclure la journée.
Je sors du métro, je respire la boucane d’auto et je tourne le coin…

Soudainement, je vois ta silhouette au loin, dans l’ombre dont l’arbre de notre cour inonde la ruelle. Tu es immobile et tu as l’air si grand… J’en perds le souffle. Je te fais un signe de la main.
Alors tu réagis enfin et tu te mets à courir vers moi. Immédiatement, tous les nuages s’éclaircissent. Et en te voyant sortir dans le soleil, courant en shorts, sans chandail ni souliers et les cheveux fous, avec le sourire édenté de tes 6 ans. Tu arrives et me sers en criant «Papa!»
Je te vois enfin rajeunir, et moi de même.

Merci Alan.
Je pourrais mourir en paix dès maintenant de t’avoir connu. D’avoir en moi cette image de toi, courant vers moi en criant «papa!», les bras ouverts.
Alors je te promets que je tenterai d’exister le plus longtemps possible afin de continuer à te connaitre et te voir grandir.  Puis pour aussi t’enseigner le peu de beauté et d’astuces que je sais.

Merci d’exister.












 





 

Un ami racontait une anecdote qui m’a rappelé quelque chose.
Il racontait qu’en visite à la maison de retraite de sa mère, il s’est présenté à une préposée voilée en lui annonçant d’emblée qu’il est athée. Il lui a expliqué ensuite que si elle insistait pour annoncer ses croyances à tout le monde avec son voile, il se sentait alors légitimé de lui annoncer les siennes, y compris le fait qu’il croit que l’islam est une croyance débile. (Prévisiblement, ça lui a valu une plainte à la directrice et des accusations d’intolérance.)

Ça m’a rappelé que j’avais créé, il y a quelques années, la page « Laïques ostentatoires » avec exactement cette logique en tête. J’y proposais que tous les laïques se fassent imprimer des chandails annonçant leurs croyances (ou absence de) bien visiblement et de manière provocante.

On peut penser ce qu’on veut de ce que la liberté de religion implique en ce qui a trait à l’ostentation religieuse. Il demeure un fait de base : faire étalage de nos croyances contradictoires à tout moment en public est toujours, partout, une recette pour la division et la discorde. (D’ailleurs, je suis certain que les mêmes qui traitent les femmes voilées comme de pauvres bébés phoques seraient les premiers à me condamner pour provocation si je portais un de mes chandails…)
Et ça se vérifie partout où c’est justement la norme de parader ses croyances, depuis ses vêtements jusqu’à son lunch. Prenez n’importe quelle société où on peut d’un coup d’œil savoir à quelle tribu appartient chaque individu, et vous rencontrerez invariablement des conflits intercommunautaires.

C’était pourtant la grande réalisation de la civilisation occidentale que d’avoir trouvé un compromis entre liberté de croyances et harmonie sociale. (Que ça ait été explicite, comme en France, ou implicite ailleurs.)

Quelle tristesse de voir aujourd’hui des gens nous ramener en arrière, simplement parce qu’ils ne savent pas s’extirper des conflits tribaux d’où ils viennent. On en voit d’ailleurs les conséquences avec tous les débats, divisions et tensions dans lesquels ils ont su nous plonger depuis 15 ans. Et une encore plus grande tristesse de voir des occidentaux, laïques de facto qui, tels des militants anti vaccination contre les religions, c’est-à-dire des militants anti-laïcité, qui ont perdu de vue les avancées de leur propre civilisation et qui se laissent berner par les chimères de la « discrimination » et de l’ « islamophobie ».

Triste.

 









 

J’ai un fils, Alan. Je l’aime.  Et j’aime son nom.

«Alan» : « beau et calme » en celte. Adjectif ensuite affublé aux Aluns (ou « Alains ») : Indo-européens qui au bout de 10,000 ans de migration aboutirent sur les côtes bretonnes.

Mon nom aussi, Yann, vient de cette région. Comme celui de mon père et comme nos armoiries françaises. Notre patronyme, quant à lui, est certainement germanique et probablement Frank ou Gaule.

Ma fille s’apprête à naître. Je l’attends avec la plus grande des joies. Elle sera belle. Elle sera la petite soeur d’Alan. Elle aura un sacré petit bout de caractère, si elle tient ou de sa mère ou même de moi.

Je lui veux un nom français.  Ce qui veut dire soit celte, soit germanique ou soit hébreux. Latin.
Je lui veux un nom qui la relie à une tradition, à moi comme à sa mère. Je lui veux un nom qui raisonne ici jusque dans la terre.

…Pourtant, à chaque fois que je soumets un choix de nom à mes collègues de travail, tout ce qu’ils trouvent à redire, c’est si selon eux le prénom se dit bien en anglais… «Ah oui, Alan ça se dit Allen, super!»
Christ, si c’est pas ça être colonisé !

Je me crisse de savoir si le nom de ma fille se prononcera bien en anglais, ou s’il satisfera à quelque impératif moral moderne.  Elle est ma fille !
Alors ce sera un nom avec du caractère et qu’elle pourra creuser pour se forger une identité qui lui soit propre, bien à elle.  Point.

 


























Je connais beaucoup de gens qui votent pour Québec solidaire. En fait, je peux affirmer que la très grande majorité des gens que je côtoie, avec qui je me tiens et avec qui je discute le plus souvent de politique votent Qs (j’habite Gouin!).  Et j’ai aussi des amis qui y militent et qui y ont milité. Moi-même, dans leurs premières années, j’ai connu la tentation Qs. Si ce n’eut été de mon souverainisme affirmé, j’aurais voté pour eux plutôt que pour le PQ lors de certaines dernières élections, ce que je ne peux dire d’aucun autre parti.

Puis j’ai déchanté.

Parmi ceux qui votent toujours Qs aujourd’hui, je vois beaucoup d’humanistes qui s’ignorent. Ils aiment l’Humanité, mais ils l’ont perdue de vue, ont perdu confiance en elle. Alors ils cherchent à la disséquer pour la reconstituer à leur image, à leurs goûts.

J’aimerais aussi croire en Qs, sauf que ce n’est pas affaire de croyance. Chez l’humain, la foi est ce qu’il reste en tout dernier : et Qs se présente comme un article de foi.
J’aimerais aussi jouer la révolution d’un monde vieux, pourri et corrompu à la moelle. Mais la révolution n’est pas un jeu, ni même une joute. Elle est crissement moins romantique que ce qu’en fait ensuite l’Histoire. La révolution est un évènement historique exceptionnel : elle n’est surtout pas un rite de passage générationnel. Elle se fait dans les larmes, et le plus souvent dans le sang. Alors, comme peuple, il faut savoir à quel moment le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Qs n’est pas la révolution qui est souhaitable à cette époque-ci de l’Humanité dans son chapitre québécois. Ce n’est pas le parti qui nous mènera aux lendemains qui chantent.
Parlez-en aux Québécois qui étaient là lors de la dernière vraie révolution. Lorsque de jeunes intellectuels ayant investi le pouvoir en place le firent exploser du dedans, et surtout au nom et au profit du plus grand nombre à venir. Parlez-en à ceux qui étaient là au lendemain de la première victoire du PQ, alors qu’à tous les jours ils sentaient le vent changer. Alors qu’à tous les jours, du jour au lendemain, un joug bien réel se fracturait tout autour d’eux.

Leur seule faute fut de ne pas avoir pu concrétiser leur projet jusqu’à sa fin. C’est la seule tache qui ternit le bilan de la Révolution tranquille. Mais c’est une tache indélébile.
Alors ça prendra du temps pour voir à nouveau une telle occasion. Qui sait où ça aurait mené? Qui sait quand ça reviendra et sous quelle forme?

Mais aujourd’hui, la révolution est morte.

Qs n’est pas la nouvelle révolution. Qs n’est que la branche qui a investi la gauche souverainiste pour y inséminer son propre agenda : celui d’un anticapitalisme manichéen. Qs n’est que la minorité qui se définit toujours avant tout par son militantisme effréné et pathologique dans toute population. Qs n’est que la énième manifestation de la haine de soi érigée en force politique. Celle qui prêche l’amour du prochain au même moment qu’elle célèbre toutes divisions. Celle qui rejette le peuple pour lui préférer les communautés. Celle qui débride l’individualisme pour prêcher la soumission aux diktats du groupe. Celle qui, même si elle s’en défend, excuse l’inhumanité au nom de l’Humain…
Au nom de l’humain qu’elle ne désire être qu’elle-même.



































À chaque fois que je vois un voile depuis Manchester, j’y pense.

À chaque fois d’ailleurs depuis Londres, Nice, Paris, Bruxelles, San Bernardino, St-Jean, Ottawa, Boston, Madrid, Londres encore, New York… J’en oublie.  Depuis le Caire, Tel-Aviv, Beyrouth, Mogadiscio, Calcutta, Peshawar… J’en oublie encore plus.

À chaque fois que je vois le voile, je le vois avant de voir la femme, l’individu, qui le porte. On m’y a entrainé: tant de la part des voilées que de ceux qui le promeuvent.

Avant l’individu, avant la personne. Avant celle qui est sûrement une bonne mère et une bonne citoyenne, ou non… Je n’en sais strictement rien. Mais justement, elle m’intime de la voir comme « une musulmane », même si ce n’est parfois pas son plan à elle.  Avant de pouvoir la voir simplement comme une voisine ou comme une amie, elle aura toujours l’adjectif « musulmane » drapé sur sa tête, accolé à sa personne comme un stigmate.  Ce qui lui interdira surtout toujours de devenir la belle-mère de mes enfants.
Même si ce n’est pas son plan, c’est pourtant le but et surtout l’effet accompli.

Alors quand je sors le matin pour aller porter mon fils à l’école et que ma voisine voilée, puis les mamans en différentes tailles de niqabs qui attendent la cloche sur le bord de la clôture, puis les éducatrices et les maîtresses qui portent aussi le voile… je fais le lien.
C’est malgré moi.  Comme je sais que c’est aussi le lien spontané que font les inclusivistes, mais qu’ils s’efforcent ensuite de combattre.

Je fais le lien avec Manchester, puis avec ces mosquées où on conchie 3 fois par jour le juif et le kouffar. Je fais le lien avec les livres et les lois divines qui prêchent la mort. Je fais le lien parce qu’ils ont tous un adjectif commun.

Mes voisines et les éducatrices voilées de mon fils, pourtant, me disent toutes silencieusement, de leur regard : «Ne fais surtout pas le lien. On sait que notre voile est le même que celui du tueur, mais Chut! Tu n’as pas le droit de faire le lien, tu n’as pas le droit d’y penser. De toute façon, ça n’a rien à voir : Nous, nous ne sommes pas aussi rigides, et notre islam est fait de tolérance et de compromis.»  Ah oui?

Puis elles me disent toutes qu’elles préféreraient se faire Hara Kiri plutôt que d’enlever leur voile, de mettre en sourdine leur adjectif, ne serait-ce que pour 1 heure ou que pour un lieu comme la petite école.  Et que quiconque y voit un problème n’est sans appel qu’un « raciste ».


(…)




















































 

Nous sommes une société qui, malgré tous ses défauts, évolue. Et elle évolue dans le bon sens. Il y a une différence objectivement appréciable entre le Québec d’hier et d’aujourd’hui, dans toutes les matières ayant lien aux droits humains.

Il existe d’autres sociétés, dont parmi nos voisines tant d’un point de vue géographique que civilisationnel, qui stagnent ou régressent, que ce soit depuis 2000, 400, 50 ou seulement 15 ans. Toutes les explications historiques, politiques et sociologiques sont bonnes pour expliquer le phénomène. Mais au bout du compte, il faut en faire le constat et cesser de relativiser.

Sauf qu’aujourd’hui, les guerriers égarés de la rectitude morale s’en prennent aux mauvais moulins.

Je me suis souvent demandé pourquoi le plus souvent, les révolutionnaires, que ce soit ceux de Germinal ou de Dostoïevski, qu’ils soient Allemands ou Français, Chinois ou Khmers… Pourquoi ces intellectuels proviennent toujours de la bourgeoisie? C’est parce qu’ils en ont le luxe. Ils ont la quiétude d’esprit qui se perd avec la réelle précarité : celle dont on ne peut sortir. Ils ont la marge pour penser et pour s’ennuyer.

Alors, au lieu de voir l’évolution du système et de platement y travailler, ils se rêvent de grandeurs.
Parce que c’est nécessaire?  Non.  Simplement parce qu’ils en sont capables.
Ils deviennent alors des révolutionnaires, sans égard au besoin ou à l’époque.

Il y a les grands et les petits Pol Pot. Les petits sont sympathiques. Mais ils peuvent parfois paver la voie à des grands plus menaçants.  Il suffit pour ça qu’ils se coalisent et deviennent une force culturelle puis politique.
Traditionnellement, ça demandait de l’effort.  Aujourd’hui, il y a les médias sociaux…