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Sociologie

Imaginons un scénario de sociologie-fiction.

Un pays tel que le Maroc (ou l’Algérie, la Tunisie, etc.) découvre une ressource x et a besoin de beaucoup d’ingénieurs pour la développer. Elle fait alors un appel à l’immigration.  Et ça adonne qu’un nombre important de Québécois et autres occidentaux, attirés par de bons salaires et une existence au soleil, décident de déménager et de fonder leur vie là-bas.

Sauf qu’ils ne se sont jamais vraiment intéressés à la culture locale avant d’émigrer.  Alors au fur et à mesure que leur nombre augmente, ils se concentrent dans certains quartiers. Et ils deviennent de plus en plus visibles, surtout qu’ils ont la manie de se regrouper les soirs et après-midis de congé dans les parcs et sur les plages, les femmes en bikinis, parfois même se faisant bronzer seins nus, pendant que les hommes se font griller des côtelettes de porc au bbq et que tout le monde boit de la bière et du vin, y compris durant le ramadan. C’en est même que des mères se présentent de plus en plus souvent à l’école en hauts de bikini pour chercher leurs enfants!

Étant donné la présence islamiste dans ces pays, on pourrait s’attendre à des réactions très violentes et meurtrières, et avant ça à des arrestations et des condamnations pour atteintes à la pudeur. Mais imaginons plutôt que tout se passe pacifiquement…
Pendant 5, 10, 15 ans…  La population locale « de souche » s’exprime à travers des forums divers, des Commissions et autres sondages qui révèlent à chaque fois que dans une proportion très majoritaire, ces comportements des Occidentaux choquent profondément les valeurs conservatrices locales, et qu’on y perçoive une invasion culturelle.

Sauf que ces Occidentaux immigrés, au lieu de se remettre en question, ne cessent d’invoquer leurs droits individuels; et que ça te me fasse partie de leur identité d’agir de la sorte. Lorsqu’on parle d’intégration, ils rétorquent que les Marocains de souches sont tout autant des immigrants qu’eux, alors ils n’ont aucun droit légitime à définir le contrat social local…

Encore une fois, j’imagine mal que ça se passe comme ceci, très pacifiquement.
Mais surtout, est-ce que je me trompe, ou nos inclusivistes ne seraient pas prêts à défendre une telle population avec la même ardeur qu’ils défendent les voiles et autres comportements religieux qui choquent profondément les Québécois et qui vont totalement à l’encontre de l’évolution sociale et culturelle de cette société-ci?

 

Mais pour en revenir à nos moutons de Panurge québécois…

J’ai répondu ceci aujourd’hui à quelqu’un qui me demandait de clarifier mes politiques concernant l’immigration et l’islam.  J’ai répondu ceci :
«Je pense qu’il y a beaucoup de facteurs qui entrent en compte en ce qui concerne l’immigration aujourd’hui.

Dans le désordre :
-Le nombre. C’est sûr que si tu es tout seul de ta gang à déménager dans une culture complètement étrangère, ce n’est pas la même chose que si tu es 1 million.
-Les communications. Aujourd’hui, c’est vrai que tu peux être physiquement ici, mais culturellement à des dizaines de milliers de kilomètres. C’est vrai qu’il y a plein de maisons où n’entrent que les chaines satellites venant du pays d’origine, où on ne lit que les journaux dans la langue d’origine et où quand vient le temps de marier les enfants on se tourne vers le bled d’origine.
-La religion, comme tu dis. Mais dans le cas spécifique de l’islam, il faut compter la diffusion d’une lecture rigoriste de la part des Frères musulmans, des khoménistes et du wahhabisme, le tout financé par les Saoud.
-Un ordre moral « progressiste » qui s’est installé en occident, alimenté par des décennies de déconstructionnisme postmoderniste.
-Ce dernier point pave le chemin pour une culture, la nôtre à toi et moi, qui ne croit plus en ses propres institutions ou en ses propres fondamentaux philosophiques.
-L’influence colonisatrice du monde anglo-saxon, chez qui la culpabilité postcoloniale et la forme particulière de son racisme ont conduit à l’élaboration du dogme multiculturaliste.
-L’éducation.  Qui n’est pas la même si la majorité de votre immigration vient du Maghreb; ou alors plutôt de l’Afghanistan, du Pakistan, d’Arabie saoudite, d’Iran ou de Turquie.  On ne parle pas du tout du même monde en termes de culture et d’éducation.»
-Ni en termes de volonté de s’intégrer.

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Je me rappelle souvent cette militante anti-islamiste, réfugiée algérienne en France, entendue il y a une dizaine d’années.  Elle racontait qu’à Alger, dans les années 80 qui menèrent aux massacres des GIA, il fallait chaque matin compter le nombre de femmes voilées à l’arrêt d’autobus. «Quand elles dépassaient la moitié, on savait qu’on devait changer de quartier car notre vie allait commencer à être misérable, puis dangereuse»

Tous les matins et tous les après-midi à l’école de mon fils dans la Petite-Patrie, je regarde les mamans qui viennent porter et chercher leurs enfants.  Invariablement, il y a de 1 à 3 grappes de mamans qui se tiennent exclusivement entre elles.  Ce sont les mamans voilées.  Elles parlent arabe.  (Sauf lorsqu’est présente 1 d’elles, africaine noire et qui apparemment ne parle pas cette langue.  Malgré ça, chaque jour cette dernière se joint avec un «salam alékoum» à une des grappes, plutôt qu’aux parents francophones.)  Les autres parents qui attendent sur le bord de la clôture et qui parlent français entre eux sont de souche, latinos, asiatiques, etc., et s’agrègent aléatoirement.
Je me suis amusé à compter tout à l’heure et les mamans voilées constituent 7/10.

Ça, c’est à la porte de l’école où on attend les plus petits, comme mon fils qui est en 1ère année. Il semble y avoir moins de voiles à la porte des plus grands, mais c’est à l’autre bout de la rue.  Par contre, d’où je me tiens, je vois très bien la sortie des petits de maternelle, où les voiles comptent plutôt pour 9/10 des mamans.
À l’opposé, c’est vers les sorties des plus grands qu’on voit progressivement, d’année en année, de plus en plus d’élèves voilées.

Je ne crois pas une seule seconde, loin de là, que sous tous ces voiles se trouvent des islamistes radicales, ni même de mauvaises mamans ou de mauvais enfants.  Seulement, ce serait idiot de ne pas voir là un présage pour le futur de cette société, du moins pour sa métropole.  Je suis certain qu’au minimum, à leurs tables de cuisine le soir au souper, en familles, cet entre-soi qu’elles pratiquent en grappes à l’école se transmet dans un discours ponctué et normalisé de: «nous les musulmans contrairement à eux les Québécois».
Et c’est sans compter l’homogamie que devront pratiquer les enfants sous peine d’excommunication.  Ou tout le climat d’halalisation qui s’installe dans le quartier.

Surtout, je pense aux autres enfants.  Comme mon fils, élevé à croire que c’est normal qu’une majorité des femmes rencontrées quotidiennement soient voilées et couvertes de manière austère de la tête aux pieds, hiver comme été, se tenant entre elles pour parler une langue qui lui est étrangère.

On nous répète que le Canada et l’Amérique furent toujours des terres d’immigration.  Certes.  Mais ce furent toujours aussi des terres d’assimilation brutale.
Parlez-en aux Canadiens-Français qui, établis de la Nouvelle-Angleterre au Mississippi, jusqu’à San Francisco et toute la Côte Ouest, en revenant par les Grands Lacs… Tous ces grands voyageurs Français qui, dès qu’ils s’établissaient, apprirent à ne pas transmettre leur langue à leurs enfants: afin de leur éviter de se faire traiter des « Frenchtards! » et de se faire taper sur la gueule.  Afin de permettre à leurs enfants un avenir, dans cette Brave Amérique.  Ces enfants s’appellent aujourd’hui Trudeau, LaBoeuf, LaPierre, Tremblay…, mais ne savent même pas le prononcer.

Au Québec, nous n’avons pas pu, pendant longtemps, accueillir quelque immigration ou quelque altérité que ce soit, si ce n’était un peu d’italienne et d’irlandaise.  Tant que c’était catholique, même parfois protestant ou juif…
La province accueillait pourtant bien une immigration soutenue.  Mais pas « nous », alors que nous étions relégués à un statut de majorité minorisée, subalterne sur ses propres terres.

Dès que nous avons été capables de reprendre le contrôle de notre société, nous avons pratiqué l’accueil de l’Autre: qu’il soit Haïtien, Chilien ou Vietnamien.  Et nous n’avons jamais exigé l’assimilation; probablement parce que nous avons connu la menace d’être assimilés.  Nous passons notre temps à célébrer des personnes qui débarquent ici pleines de bonne foi et pleines de bagages provenant de leurs tours du Monde.
Cependant, nous avons toujours vu avec méfiance l’immigration qui n’est pas celle d’individus ou de simples familles.

Non, ce n’est pas de ce rejet primaire de l’Autre que l’on peut nous accuser, nous les Québécois.  Ce qui nous met sur nos gardes, comme partout où il y a de l’immigration pour les populations de souches, ce sont les diasporas: ces tribus planétaires qui nulle part ne s’intègrent.  Celles qui ne charrient pas que de belles photos dans leurs bagages, mais qui y trainent aussi leurs propres frontières: linguistiques, culturelles et nationales.  Et religieuses surtout.  Ces tabous qui proscrivent plus que le voisinage courtois avec le pays d’accueil.  La religion qui proscrit aux enfants de se marier hors de la tribu, avec les enfants des collègues et des voisins.

Non, cette immigration nous n’en voulons pas.  Et tous les peuples non plus n’en veulent pas.  Si vous voulez nous en accuser, vous devrez aussi accuser la Terre entière !  Nous somme conservateurs, parce que nous voulons nous conserver.  Et nous nous laissons bercer parfois par les chants populistes, parce que nous sommes le peuple et que nous voulons être écouté.  Alors nous dénonçons comme nous le pouvons.

Et si partout les peuples le sentent instinctivement, c’est que tous l’ont vécu.  Sauf que nous, c’est de mémoire récente.  Nous reconnaissons le tribalisme de survivance et d’autodéfense, mais aussi de haine.  Nous voyons tout venir, même si nous paraissons nonchalants.  Le tribalisme qui à coups de sermons remplit le ventre des femmes, bien contrôlées et marquées du sceau de la communauté.  Qui à coups de Petit Catéchiste ou de Coran bourre le cerveau des hommes, abrutis.
Pourquoi: pour aller au Ciel ?  Non, pour produire de la force vive, de la communauté.

Et non, nous ne laisserons pas cette société y retourner.  Pas sur nos terres: les seules que nous ayons et où nous entendons, nous aussi, perdurer.

Alors en attendant, tant que vous dédaignerez nos préoccupations, nous écouterons les populistes.  Et tant que vous nous condamnerez du regard à être le sous-peuple que vous avez voulu faire de nous, nous continuerons tout de même d’être de bons voisins courtois avec les mamans voilées qui se parlent entre elles, bardées de leur frontières vestimentaires et de leur halal qui proscrit toute proximité.

Mais il nous sera toujours plus difficile, entre autres à cause de vous, de rêver d’un avenir commun pour nos enfants et les leurs.  Alors que nous avons déjà des enfants et des petits-enfants aussi québécois qu’haïtiens, chiliens ou vietnamiens.  Et que nous en espérons encore.











































Imaginez cette Histoire du Québec alternative…

Suite à la Conquête, les Canado-britanniques nous persécutent et nous déportent en masse, si bien que la population française de la province chute à près de 0. Les Québécois trouvent refuge un peu partout, en Europe surtout. Le continent nord-américain devient enfin unilingue anglais.

Survient la IIe Guerre mondiale et les Allemands décident, suite à la capitulation de la France, d’exterminer toute population qui, à l’extérieur de Vichy, parle français. Parler français devient synonyme de « sous-race ».

C’est un massacre et les Québécois se font gazer par dizaines de milliers.

Suite à la défaite de l’Allemagne, les nations européennes choisissent de réparer le tort – celui de n’avoir pas protégé les Québécois d’une quasi extinction programmée – en tordant le bras du Canada, pays unilingue anglais coast-to-coast, maintenant un allié depuis la Guerre. L’Europe fait rendre au Canada les territoires jadis confisqués aux Français de l’ancien Bas-Canada, dont Montréal, Québec et plusieurs régions de la province.

Déjà, un mouvement de retour avait commencé à s’effectuer, alors que des Québécois d’Europe, sentant la soupe chaude dans les années d’escalade vers la Guerre, avaient commencé à migrer et à acheter des terres : d’abord au Saguenay, puis dans le Bas du fleuve, dans la Vallée du St-Laurent, etc.

Maintenant, les populations locales, unilingues anglaises, se voient expropriées de leurs terres. Un grand nombre tente de rejoindre l’Ontario, les autres provinces et même les États de la Nouvelle Angleterre.  Mais très rapidement, les frontières se referment et un nombre important d’Anglais se voit confiné dans ce renouveau québécois. Tandis que des colons québécois, rescapés des camps de concentration européens, reviennent en masse vers ces terres.

Au lendemain d’une promulgation de souveraineté québécoise, le Canada et les États-Unis nous déclarent la guerre, chacun se vouant à l’extermination du dernier d’entre les Québécois et jetant toute sa puissance militaire comme sa propagande politique au service de La Cause. Décrétant-même que de mourir pour La Cause est la condition la plus noble, valorisée et rémunérée des sociétés canadienne et américaine.

Pendant ce temps, les Anglais demeurés sur le territoire québécois, parce que refoulés aux frontières canadiennes et américaine, embrassent néanmoins la cause anglaise et se vouent à la destruction du Québec et à la restauration d’un continent purement anglais. On voit alors des commandos anglais et autres kamikazes orangistes se faire exploser au Marché Atwater comme dans les autobus Voyageur, dans les Lafleur Hot-dog, les églises catholiques, etc.

Sauf que le Québec résiste et parvient à repousser les assauts. Mais aucune trêve ne tient jamais. Les Québécois sont toujours menacés, décrits comme des sous-humains pas leurs voisins belliqueux. Sur leur territoire, ils ont dû décréter des statuts spéciaux à certaines régions et y instaurer à toute fin pratique un régime martial !  Car les Anglais qui y habitent en majorité, et qui sont toujours rejetés à la frontière de l’Ontario et du Vermont, demeurent radicalisés en vue d’une annihilation du Québec et de l’extermination de tous les Québécois qui y vivent. Il faut dire qu’ils sont abreuvés à longueur de journée par de la propagande locale, mais aussi canadienne et américaine, visant à leur faire oublier que même ces pays anglais ne veulent rien savoir d’eux; sinon lorsqu’ils peuvent servir de chair à canon dans leurs propre conflit avec l’idée même d’un Québec et des Québécois.

Alors, toutes autres choses étant proportionnelles par ailleurs, dans ce récit de fiction, on arrive à aujourd’hui. Depuis des décennies, il règne une paix fragile entre le Québec et ses 2 voisins. De nombreuses tentatives de médiation et plans de paix sponsorisés par l’Europe ont échoués. Surtout, la minorité anglaise qui demeure toujours captive au Québec continue une rébellion apparemment sans fin, aidée de commandos canadiens et américains qui la financent, l’aident d’un point de vue logistique et envoient sporadiquement des martyrs se sacrifier pour la cause. Les leaders de la rébellion anglaise n’ont surtout aucun scrupule à encourager tout citoyen anglais du Québec à confronter une mort certaine en se faisant kamikaze au centre-ville de Montréal, lui promettant à la fois une place dans le panthéon des martyrs canadiens, ainsi qu’une rétribution monétaire pour les membres restants de sa famille.

Alors vous êtes un Québécois, une Québécoise. Vous essayez de maintenir une société faite de démocratie, aussi imparfaite soit-elle. Vous combattez le racisme, souhaitez la paix et souhaitez une résolution pacifique à ce conflit dans lequel vous êtes né. Vous faites quoi ?

C’est confirmé, je suis un génie. Et précoce à part ça !

Je n’avais pas réécouté La soirée est encore jeune depuis que Fred Savard y avait vomi sa bienpensance suffisante sur les cadavres encore chauds de Charlie Hebdo dans son éditorial. Or, ce soir je suis tombé sur l’émission par hasard et j’en ai écouté un bout. À la fin, il y avait un segment sur les Bye-bye du passé. C’était un peu drôle.

Ils ont fait un bref retour sur le numéro «raciste» du Bye-bye 1981 écrit par Claude Meunier, où la fille de ce dernier amène son copain haïtien au réveillon. Meunier le prend d’abord pour son chauffeur de taxi, puis l’invite à manger la dinde de Noël avec eux parce que «c’est comme un lion qui a l’air d’un poulet», et demande que tout le monde mange assis par terre en bedaine, comme il pense qu’ils le font en Afrique, qu’il mêle avec Haïti…

À la fin du segment, Jean-Sébastien Girard d’ajouter que ce genre de sketch ne passerait jamais aujourd’hui, et que Radio-Canada avait reçu beaucoup de plaintes de racisme à l’époque.

Donc je vous le confirme, je suis un génie.

À l’époque en 1981, j’avais compris qu’il s’agissait d’un sketch antiraciste qui se foutait de la gueule des Québécois pleins de préjugés idiots et de curiosité déplacée envers quiconque leur semble étranger, mais sans malice. Et pourtant, apparemment jusqu’à aujourd’hui plusieurs ont tout pris au premier degré, et même à un très drôle de premier degré, croyant que Meunier voulait vraiment dire ce que son personnage dit. Alors qu’il y a au moins trois degrés de stupidité écrits dans ce numéro.

Moi, je n’avais que 8 ans, pas beaucoup d’expérience sur les questions raciales, et pourtant j’avais tout compris. Et du premier coup à part ça !



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Ça prend un village pour éduquer un enfant, dirait un proverbe africain.  Je ne sais pas comment le village, ses us et ses vieux, peuvent surgir dans une station de métro, entre un papa «Québécois de souche» et une bande de jeunes arabes gonflés à la culture hip-hop…

Alors…

C’est vendredi passé. On est sur la promenade St-Hubert vers 19:45h. On attend la parade du Père Noël. Cool. Sauf que ma Poupette de 4 mois vient finalement juste de s’endormir et que la tête de la parade, formée de tambours, approche… Je dis à ma blonde que je vais amener Poupette vers la rue Jean-Talon pour ne pas la réveiller. Ma douce et mon garçon viendront nous rejoindre après la parade.

Rendu sur la rue Jean-Talon avec la poussette, et avec Poupette dedans, loin de la parade, je me demande où attendre. Il fait froid. Je considère le café au coin. Puis je me dis que les trois marches sont difficiles avec la poussette, et que nous n’attendrons pas trop longtemps de toute manière. Alors je finis par opter pour l’option cheap. J’emménage avec Poupette, qui dort toujours, dans l’entrée du métro.

Je m’accroupis contre un mur, avec l’œil sur la Poupette au bois dormant. Ça va pendant 5 minutes. Puis entre un paquet de jeunes. Disons 16-17 ans. Ethniques, je ne sais trop et je m’en fous.
Surtout, à chaque fois que je croise des jeunes, j’ai cette réflexion.  Je me rappelle que moi aussi j’ai été con. Mais je me rappelle en plus que j’ai parfois été recadré par mes pairs et par mes maîtres, et que ça m’a été salutaire…

Donc je suis là, à l’entrée miteuse et claustrophobique du métro Jean-Talon, au coin de St-Hubert, accroupi à côté du landau de Poupette qui dort. Et un agrégat de jeunes décide de venir me tenir compagnie. Principalement, ils s’agrègent autour des entrées et sorties des escalateurs, forçant la plupart des quidams entrant et sortant du métro à passer à travers eux, alors qu’ils se pourchassent, se chamaillent et font les marioles à tue-tête.

À un moment donné, écœuré de les entendre beugler pour se prouver qu’ils ont du plaisir (et pour impressionner les 3 filles qui les suivent), je décide de déménager Poupette avant qu’ils ne la réveillent.

J’amène donc la poussette vers les escaliers roulants. Je demande à un des 7 connards qui bloque l’escalier en hurlant de me laisser passer.  Et je descends la poussette vers le tunnel qui mène à la station. Arrivé à mi-chemin, où j’ai encore de la réception pour mon téléphone, je me réinstalle avec Poupette.  Poupette qui dort toujours.

Ça dure à peine quelques minutes…
Et voilà que la bande de cons descend les escaliers. Et voilà qu’ils se réinstallent à 10 mètres de moi pour continuer à hurler, à se chamailler et généralement à incommoder tout le monde qui essaye de passer par-là.
Quand le dernier de la bande les rejoint en bas, ils se mettent enfin en branle.  Et, le plus lentement possible, ils commencent à traverser le tunnel, arrêtant à chaque 2 mètres pour déconner, se taper dessus et hurler de plus belle.

À un moment, ils sont devant moi. Et comme de fait, je les regarde. Parce que rendu-là, je n’ai qu’un désir au monde : qu’ils dégagent et aillent hurler ailleurs. Et enfin j’ai espoir que ça s’accomplisse.

Sauf que la bande passe devant moi. Et que le dernier connard qui la compose, celui qui traine à la queue, s’intéresse à moi. Il me voit regarder sa troupe…  Et il sonne l’alerte.

«Heille, qu’est-ce que tu regardes toi?»

Moi : «J’ai juste hâte que vous aillez hurler ailleurs…»
Connard : «Ferme ta yeule, qu’est-ce que tu fais icitte de toute façon?»
Moi : «J’attends ma blonde. Fais juste aller hurler ailleurs s’il-te-plaît. Y’a un bébé qui dort ici»
Connard : «Va chier, tu fermes ta gueule!»
Moi : «P’tit con»
Connard : «P’tit con??? Tu vas voir !…»

Et là, le connard s’en vient vers moi en roulant des épaules, gonflant le torse, avec l’intention de me cogner !

Comprenez-moi bien : j’ai été doorman pendant 9 ans. Je sais c’est quoi une bagarre.
Gringalet qui s’en venait vers moi ne me faisait pas peur. Si je m’étais levé, je le dépassais d’au moins un bon pied. Mais lui était gonflé à la testostérone et à l’honneur : cet «honneur» que les cons invoquent à chaque fois qu’ils perdent le contrôle de leur situation.

Le gars avançait vers moi, et je commençais à me préparer mentalement, mais quand même éberlué de l’escalade. Sauf qu’intérieurement, par instinct, je savais que ça allait avorter.
Le petit avorton devant moi n’était pas assez menaçant pour que je le prenne au sérieux. Oui, il aurait pu essayer de me cogner.  Mais sa seule force résidait dans sa gang derrière lui.  Et eux semblaient beaucoup moins sûrs d’eux.

Ce furent finalement les filles qui réagirent.
-«Eille, il a un enfant!» Ce qui fut répété par les autres gars.
Alors mon connard se dégonfla. Et ils partirent.

Merde. Comme je disais, je me souviens d’avoir été un connard adolescent moi aussi, qui faisait chier les quidams dans les stations de métro avec mon anticonformisme. Mais jamais, quand un de ces derniers me mettait dans la face que j’étais un p’tit con, jamais ça ne m’a traversé l’esprit de le fesser. Jamais, sûrement, au point de ne pas voir qu’il se trouve à côté d’un landau.

 









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Le plus triste

C’est que si mon identité autonome nie sa propre existence par 0,58%…
Alors je ne vois pas pourquoi je devrais me foutre
De quelque autre identité que ce soit

L’identité des autres…
Si ma propre existence, autonome ou non
Ne surgit que dans la marge d’erreur
Pourquoi voudrais-je que d’autres prospèrent?

Je me voue moi-même, et ma descendance, à l’extinction
Nous ne serons même plus là de toute façon
Notre mémoire sera récupérée et réchantillonnée
Sans que nous en soyons informés de toute manière

 

Vos identités alors…
Au diable les Israéliens et les Palestiniens
Entretuez-vous donc!
Du balais les Tibétains et le Rohingyas
Vous vous laissez tuer, comme moi, de toute façon!
Les musulmanes et les imams qui se battent pour des fichus!
Puis les loups qui flairent la bonne affaire

 

Allez tous vous faire traire!
Et au diable vos identités

Peuple chinois, peuples américains
Ancienne Rome, vieille Europe
Langue anglaise, lingua franca
Langue arabe, arcane

Grandes puissances civilisatrices
Ma mémoire cèdera toujours sous vos pas
Mes enfants seront toujours à vous

Alors comment exister?
D’une manière ou d’une autre
En disant Basta!

 

Un ami racontait une anecdote qui m’a rappelé quelque chose.
Il racontait qu’en visite à la maison de retraite de sa mère, il s’est présenté à une préposée voilée en lui annonçant d’emblée qu’il est athée. Il lui a expliqué ensuite que si elle insistait pour annoncer ses croyances à tout le monde avec son voile, il se sentait alors légitimé de lui annoncer les siennes, y compris le fait qu’il croit que l’islam est une croyance débile. (Prévisiblement, ça lui a valu une plainte à la directrice et des accusations d’intolérance.)

Ça m’a rappelé que j’avais créé, il y a quelques années, la page « Laïques ostentatoires » avec exactement cette logique en tête. J’y proposais que tous les laïques se fassent imprimer des chandails annonçant leurs croyances (ou absence de) bien visiblement et de manière provocante.

On peut penser ce qu’on veut de ce que la liberté de religion implique en ce qui a trait à l’ostentation religieuse. Il demeure un fait de base : faire étalage de nos croyances contradictoires à tout moment en public est toujours, partout, une recette pour la division et la discorde. (D’ailleurs, je suis certain que les mêmes qui traitent les femmes voilées comme de pauvres bébés phoques seraient les premiers à me condamner pour provocation si je portais un de mes chandails…)
Et ça se vérifie partout où c’est justement la norme de parader ses croyances, depuis ses vêtements jusqu’à son lunch. Prenez n’importe quelle société où on peut d’un coup d’œil savoir à quelle tribu appartient chaque individu, et vous rencontrerez invariablement des conflits intercommunautaires.

C’était pourtant la grande réalisation de la civilisation occidentale que d’avoir trouvé un compromis entre liberté de croyances et harmonie sociale. (Que ça ait été explicite, comme en France, ou implicite ailleurs.)

Quelle tristesse de voir aujourd’hui des gens nous ramener en arrière, simplement parce qu’ils ne savent pas s’extirper des conflits tribaux d’où ils viennent. On en voit d’ailleurs les conséquences avec tous les débats, divisions et tensions dans lesquels ils ont su nous plonger depuis 15 ans. Et une encore plus grande tristesse de voir des occidentaux, laïques de facto qui, tels des militants anti vaccination contre les religions, c’est-à-dire des militants anti-laïcité, qui ont perdu de vue les avancées de leur propre civilisation et qui se laissent berner par les chimères de la « discrimination » et de l’ « islamophobie ».

Triste.