Intergénérations

Ça prend un village pour éduquer un enfant, dirait un proverbe africain.  Je ne sais pas comment le village, ses us et ses vieux, peuvent surgir dans une station de métro, entre un papa «Québécois de souche» et une bande de jeunes arabes gonflés à la culture hip-hop…

Alors…

C’est vendredi passé. On est sur la promenade St-Hubert vers 19:45h. On attend la parade du Père Noël. Cool. Sauf que ma Poupette de 4 mois vient finalement juste de s’endormir et que la tête de la parade, formée de tambours, approche… Je dis à ma blonde que je vais amener Poupette vers la rue Jean-Talon pour ne pas la réveiller. Ma douce et mon garçon viendront nous rejoindre après la parade.

Rendu sur la rue Jean-Talon avec la poussette, et avec Poupette dedans, loin de la parade, je me demande où attendre. Il fait froid. Je considère le café au coin. Puis je me dis que les trois marches sont difficiles avec la poussette, et que nous n’attendrons pas trop longtemps de toute manière. Alors je finis par opter pour l’option cheap. J’emménage avec Poupette, qui dort toujours, dans l’entrée du métro.

Je m’accroupis contre un mur, avec l’œil sur la Poupette au bois dormant. Ça va pendant 5 minutes. Puis entre un paquet de jeunes. Disons 16-17 ans. Ethniques, je ne sais trop et je m’en fous.
Surtout, à chaque fois que je croise des jeunes, j’ai cette réflexion.  Je me rappelle que moi aussi j’ai été con. Mais je me rappelle en plus que j’ai parfois été recadré par mes pairs et par mes maîtres, et que ça m’a été salutaire…

Donc je suis là, à l’entrée miteuse et claustrophobique du métro Jean-Talon, au coin de St-Hubert, accroupi à côté du landau de Poupette qui dort. Et un agrégat de jeunes décide de venir me tenir compagnie. Principalement, ils s’agrègent autour des entrées et sorties des escalateurs, forçant la plupart des quidams entrant et sortant du métro à passer à travers eux, alors qu’ils se pourchassent, se chamaillent et font les marioles à tue-tête.

À un moment donné, écœuré de les entendre beugler pour se prouver qu’ils ont du plaisir (et pour impressionner les 3 filles qui les suivent), je décide de déménager Poupette avant qu’ils ne la réveillent.

J’amène donc la poussette vers les escaliers roulants. Je demande à un des 7 connards qui bloque l’escalier en hurlant de me laisser passer.  Et je descends la poussette vers le tunnel qui mène à la station. Arrivé à mi-chemin, où j’ai encore de la réception pour mon téléphone, je me réinstalle avec Poupette.  Poupette qui dort toujours.

Ça dure à peine quelques minutes…
Et voilà que la bande de cons descend les escaliers. Et voilà qu’ils se réinstallent à 10 mètres de moi pour continuer à hurler, à se chamailler et généralement à incommoder tout le monde qui essaye de passer par-là.
Quand le dernier de la bande les rejoint en bas, ils se mettent enfin en branle.  Et, le plus lentement possible, ils commencent à traverser le tunnel, arrêtant à chaque 2 mètres pour déconner, se taper dessus et hurler de plus belle.

À un moment, ils sont devant moi. Et comme de fait, je les regarde. Parce que rendu-là, je n’ai qu’un désir au monde : qu’ils dégagent et aillent hurler ailleurs. Et enfin j’ai espoir que ça s’accomplisse.

Sauf que la bande passe devant moi. Et que le dernier connard qui la compose, celui qui traine à la queue, s’intéresse à moi. Il me voit regarder sa troupe…  Et il sonne l’alerte.

«Heille, qu’est-ce que tu regardes toi?»

Moi : «J’ai juste hâte que vous aillez hurler ailleurs…»
Connard : «Ferme ta yeule, qu’est-ce que tu fais icitte de toute façon?»
Moi : «J’attends ma blonde. Fais juste aller hurler ailleurs s’il-te-plaît. Y’a un bébé qui dort ici»
Connard : «Va chier, tu fermes ta gueule!»
Moi : «P’tit con»
Connard : «P’tit con??? Tu vas voir !…»

Et là, le connard s’en vient vers moi en roulant des épaules, gonflant le torse, avec l’intention de me cogner !

Comprenez-moi bien : j’ai été doorman pendant 9 ans. Je sais c’est quoi une bagarre.
Gringalet qui s’en venait vers moi ne me faisait pas peur. Si je m’étais levé, je le dépassais d’au moins un bon pied. Mais lui était gonflé à la testostérone et à l’honneur : cet «honneur» que les cons invoquent à chaque fois qu’ils perdent le contrôle de leur situation.

Le gars avançait vers moi, et je commençais à me préparer mentalement, mais quand même éberlué de l’escalade. Sauf qu’intérieurement, par instinct, je savais que ça allait avorter.
Le petit avorton devant moi n’était pas assez menaçant pour que je le prenne au sérieux. Oui, il aurait pu essayer de me cogner.  Mais sa seule force résidait dans sa gang derrière lui.  Et eux semblaient beaucoup moins sûrs d’eux.

Ce furent finalement les filles qui réagirent.
-«Eille, il a un enfant!» Ce qui fut répété par les autres gars.
Alors mon connard se dégonfla. Et ils partirent.

Merde. Comme je disais, je me souviens d’avoir été un connard adolescent moi aussi, qui faisait chier les quidams dans les stations de métro avec mon anticonformisme. Mais jamais, quand un de ces derniers me mettait dans la face que j’étais un p’tit con, jamais ça ne m’a traversé l’esprit de le fesser. Jamais, sûrement, au point de ne pas voir qu’il se trouve à côté d’un landau.

 









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