À mes amis chez Qs

Je connais beaucoup de gens qui votent pour Québec solidaire. En fait, je peux affirmer que la très grande majorité des gens que je côtoie, avec qui je me tiens et avec qui je discute le plus souvent de politique votent Qs (j’habite Gouin!).  Et j’ai aussi des amis qui y militent et qui y ont milité. Moi-même, dans leurs premières années, j’ai connu la tentation Qs. Si ce n’eut été de mon souverainisme affirmé, j’aurais voté pour eux plutôt que pour le PQ lors de certaines dernières élections, ce que je ne peux dire d’aucun autre parti.

Puis j’ai déchanté.

Parmi ceux qui votent toujours Qs aujourd’hui, je vois beaucoup d’humanistes qui s’ignorent. Ils aiment l’Humanité, mais ils l’ont perdue de vue, ont perdu confiance en elle. Alors ils cherchent à la disséquer pour la reconstituer à leur image, à leurs goûts.

J’aimerais aussi croire en Qs, sauf que ce n’est pas affaire de croyance. Chez l’humain, la foi est ce qu’il reste en tout dernier : et Qs se présente comme un article de foi.
J’aimerais aussi jouer la révolution d’un monde vieux, pourri et corrompu à la moelle. Mais la révolution n’est pas un jeu, ni même une joute. Elle est crissement moins romantique que ce qu’en fait ensuite l’Histoire. La révolution est un évènement historique exceptionnel : elle n’est surtout pas un rite de passage générationnel. Elle se fait dans les larmes, et le plus souvent dans le sang. Alors, comme peuple, il faut savoir à quel moment le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Qs n’est pas la révolution qui est souhaitable à cette époque-ci de l’Humanité dans son chapitre québécois. Ce n’est pas le parti qui nous mènera aux lendemains qui chantent.
Parlez-en aux Québécois qui étaient là lors de la dernière vraie révolution. Lorsque de jeunes intellectuels ayant investi le pouvoir en place le firent exploser du dedans, et surtout au nom et au profit du plus grand nombre à venir. Parlez-en à ceux qui étaient là au lendemain de la première victoire du PQ, alors qu’à tous les jours ils sentaient le vent changer. Alors qu’à tous les jours, du jour au lendemain, un joug bien réel se fracturait tout autour d’eux.

Leur seule faute fut de ne pas avoir pu concrétiser leur projet jusqu’à sa fin. C’est la seule tache qui ternit le bilan de la Révolution tranquille. Mais c’est une tache indélébile.
Alors ça prendra du temps pour voir à nouveau une telle occasion. Qui sait où ça aurait mené? Qui sait quand ça reviendra et sous quelle forme?

Mais aujourd’hui, la révolution est morte.

Qs n’est pas la nouvelle révolution. Qs n’est que la branche qui a investi la gauche souverainiste pour y inséminer son propre agenda : celui d’un anticapitalisme manichéen. Qs n’est que la minorité qui se définit toujours avant tout par son militantisme effréné et pathologique dans toute population. Qs n’est que la énième manifestation de la haine de soi érigée en force politique. Celle qui prêche l’amour du prochain au même moment qu’elle célèbre toutes divisions. Celle qui rejette le peuple pour lui préférer les communautés. Celle qui débride l’individualisme pour prêcher la soumission aux diktats du groupe. Celle qui, même si elle s’en défend, excuse l’inhumanité au nom de l’Humain…
Au nom de l’humain qu’elle ne désire être qu’elle-même.



































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3 commentaires
  1. Hélène Morin a dit :

    Bonjour cher sociologue errant,

    D’abord j’ai des points en commun avec vous: je suis de Gouin, j’ai été tentée par l’expérience QS, j’étais même dans la salle les 5-6 février 2006 lors de la fondation de QS, j’avais beaucoup d’espoir, je suis donc ce qu’on appelle une membre fondatrice; je suis de ceux et celles à qui vous suggérez de parler à savoir ceux et celles qui ont vécu la révolution tranquille, celle qui n’a pas été faite dans les larmes et dans le sang mais avec joie. Mais je me demande si une révolution tranquille est une véritable révolution comme je me demande aussi si une laïcité ouverte est une vraie laïcité. Je vous rejoins aussi quand vous dites que QS ne propose pas la révolution dont le Québec aurait besoin à ce moment-ci.

    Mais je ne crois pas que QS soit vraiment anti-capitaliste; j’ai d’ailleurs déjà entendu Amir Khadir le dire; et, Françoise David ne l’était plus quand elle défendait par exemple les subventions aux garderies privées. Moi je suis une anti-capitaliste parce que je crois que ce système a démontré son incapacité à aimer les gens parce que c’est un système de la froideur et du calcul. Par quoi le remplacer, je ne le sais pas tout à fait mais ça ressemblerait effectivement à la collectivisation des biens. Le communisme est un échec dans son application mais il y a encore quelque chose là; il y a aussi des éléments intéressants dans l’anarchisme mais avec prudence. J’ai lu récemment « Notre ennemi: le capital » de Jean-Claude Michéa et j’ai trouvé un espoir, un amour du peuple (non, ce n’est pas du populisme) et une critique de la gauche actuelle ou du moins d’une partie de cette gauche que vous critiquez vous aussi. Mais tout cela n’est pas pour demain.

    Enfin, QS est un parti des minorités, ce n’est pas mal en soit mais ce n’est pas suffisant d’autant que certaines de ces minorités ont un mépris profond pour le peuple québécois et même pour la notion de peuple. QS est composé très minoritairement de ces minorités et les membres de QS ainsi que leurs sympathisants rampent devant ces représentants plus ou moins représentatifs des communautés qu’ils disent représenter. Je suis d’accord avec le fait qu’il est nécessaire et essentiel de défendre les minorités mais je suis en désaccord avec le fait qu’on méprise les volontés de l’ensemble d’une population sous prétexte que la dite population a tort.

    Merci de m’avoir lue

    Hélène Morin

  2. Je partage l’opinion de Hélène Morin, quoique, contrairement à vous deux, je n’ai jamais été enchanté par les sirènes solidaires.

    J’ai rêvé, je rêve toujours, quelques décennies plus tard… et je crois qu’il est toujours possible de proposer un programme à la mesure de notre pays, un programme d’avenir qui réponde aux exigences du présent autant que de l’avenir… sans se faire d’illusion.

    La notion de ce qui est progressiste est à redéfinir. Ce n’est pas ce que QS nous propose.

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