Ma morale

Quand j’ai abandonné ma foi (catholique), il y a d’abord eu l’angoisse, la crainte et la peur. Peur de l’éternité qu’on m’avait promise, mais aussi peur du jugement, du rejet de ma famille et de mes pairs, de mes amis. Ça a duré des années.
 
Lorsque j’ai enfin dit non, je n’y crois plus. Lorsque j’ai finalement admis que je n’y ai jamais vraiment cru parce qu’on n’a jamais fait que m’intimer d’y croire, par douces invitations comme par menaces. Lorsque j’ai fait voler en éclat la dernière résistance de cet élastique mental usé, j’ai senti à la fois une libération et, enfin, une réelle audace de ma part. Comme si je venais de me former une âme, qui m’avait toujours manquée malgré le bain religieux dans lequel on m’avait depuis toujours fait tremper. Puis j’ai ressenti la peur aux tripes du vide… Bref, j’ai ressenti la liberté.
 
Lors de mes premières années de liberté intellectuelle, où j’ai goûté à toutes les formes d’hédonisme, puis durant lesquelles j’ai cherché à me forger une morale et à la tester, je fus le plus vulnérable. À quelques reprises, j’ai failli retomber en religion en écoutant différents apôtres qui sont tombés comme par hasard sur mon chemin. Il aurait pu arriver que je les écoute et que je sois aujourd’hui un protestant ou un luthérien, un juif, quoi que peu probablement, ou peut-être plutôt un bouddhiste. Mais j’ai repassé au travers. Et je suis maintenant plus athée que jamais. Oh combien plus libre!
 
Sauf qu’il y eut ce long passage dans le désert. Mon hédonisme m’a, pendant un temps, conduit à la plus funeste déconstruction que puisse connaitre l’esprit humain: la déconstruction du soi. Je me suis atomisé au point de connaitre des dysfonctionnements majeurs, dans mon esprit et mon corps. J’aurais pu à la fois me rendre à commettre les pires crimes, juste pour voir; comme je ne pouvais plus accomplir les moindres tâches de la vie sans découragement et dédain. Je, vous, n’existions plus. Tout n’était qu’aléas. C’est à ce moment que des recruteurs religieux et identitaires ont le plus tenté de me séduire et de m’intimer.
 
Je demeure reconnaissant envers mon «témoin». Je ne sais comment l’appeler autrement. Cette espèce de voyant rouge qui clignote dans le fond de mon esprit quand on me conte de la bullshit. Le même voyant qui s’allume quand on tente de m’hypnotiser, de m’arnaquer ou de me faire croire que ma logique me trompe.
 
Une question qui m’a aidé à me sortir des limbes où je demeurais, vulnérable aux rechutes, fut celle de la morale. Au même titre que les croyants demandent sans cesse aux athées ce qui les empêche de voler ou de violer puisqu’ils ne reconnaissent aucun jugement éternel…
Ma réponse m’est venue de la connaissance : de la science empirique et matérialiste. Tel un Descartes, j’ai nié tout ce que je pouvais nier. Puis j’ai pris en compte ce que je ne le pouvais pas. Et il n’est resté que l’Histoire.
 
Je ne suis rien. Rien qu’un grain de sable, qu’une goutte dans l’océan, je ne suis qu’un atome dans l’univers… Mais non! Je suis bien plus que ça! Je fais partie d’une chaîne. Je suis relié à mon père comme à mon fils, à mon ex-blonde comme à mon voisin de palier, à l’histoire de ce pays comme au destin de l’humanité, à l’écologie de cette planète autant qu’aux poussières du cosmos…
 
Je sais que si je conchie ma vie, mon fils s’en ressentira. J’ai donc une responsabilité envers lui. Je sais que si je sabote par mes actions ma société, les générations futures en pâtiront et elles n’auront que moi à blâmer. Je sais que si je continue à saloper l’environnement, après peut-être des millions d’années de revitalisation, la terre gardera un souvenir dédaigneux de mes actions. Et si les humains doivent s’éteindre avant d’avoir atteint les étoiles, je sais que c’est mon inaction qui les en aura empêchés. Je suis relié à l’Histoire, et c’est une grande responsabilité.
 
Si vous vous demandez d’où me provient ma morale, c’est de là. Et je n’ai besoin de personne pour m’y ordonner. Je l’applique de mon plein gré.
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4 commentaires
  1. A 16 ans, alors que j’étais très pieuse, j’ai soudain douté de l’existence de Dieu et d’une vie après la mort. Rien dans la religion catholique ne me dérangeait alors. J’ai continué les pratiques religieuses jusqu’à ce que je me dise que ça n’avait pas de sens. J’ai gardé une grande moralité vue que ce n’était pas la peur de l’enfer qui me guidait quand j’étais croyante. Je ne conçois pas de prendre ce qui ne m’appartient pas, de tricher, de faire du tort à d’autres. J’ai naturellement envie d’aider, je ne suis pas envieuse. L’envie est quelque chose de laid, la mesquinerie aussi. Cela suffit pour éviter ce genre de sentiment. Cela fait 66 ans que je suis athée. Je suis sereine.

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