Comment je suis indépendantiste

«Comment êtes-vous devenus indépendantistes, souverainistes voire séparatistes? Partagez votre histoire. On veut toutes les connaître.»

Ça a été l’évolution d’une longue déception pour moi.

Depuis l’enfance, j’aimais bien le drapeau bleu, même si je considérais que le rouge me représentait aussi. Il y avait les kids anglos qui jouaient plus loin dans le quartier. Ça me frustrait de ne pas les comprendre. Alors je faisais des efforts. Dans ma gang, il y avait Simon qui était à moitié anglophone par sa mère. Ses 3 grands frères parlaient tous plus anglais que français.

J’étais super bon à l’anglais à l’école. Toujours une matière refuge pour moi, les langues. Puis j’aimais bien une certaine idée du Canada.
Même si je me sentais plus spontanément proche de la culture québécoise, je voyais les Canadiens comme de sympathiques voisins. J’écoutais du Cohen, du McGarrigle et du Hemsworth, avec du Charlebois, du Vigneault et du Renaud. Et ceci même si les kids anglos de mon quartier nous pitchaient des roches finalement quand on s’approchait de leur territoire.

Puis je suis parti dès que j’ai eu la chance, vers le milieu du Cégep. Parti sur un coup de tête, sur le pouce dans l’Ouest. La Saskatchewan, l’Alberta, la Colombie-Britannique et l’Alaska pendant 3 ans. Beaucoup d’amis et de rencontres. Mais aussi des déceptions. Plein de bon monde qui m’ont éduqué et ouvert les yeux. Mais un seul en trois ans qui, lorsque je lui parlais de Richard Desjardins ou de Vigneault, ne m’a pas répondu «Who?».

Puis je me suis poussé plus loin. En Asie pendant 5 ans. C’est de là que j’ai assisté au référendum de 1995. Je crois que je n’aurais pas survécu si j’avais été ici.
Un ami Thaï, lorsque je lui décrivis le résultat, me répondit éberlué : « Si ça c’était passé ici, il y aurait eu du sang dans les rues… » Je le crois, c’est arrivé depuis.

C’est à mon retour au pays que je me suis aperçu du sacrifice constant que mon peuple fait pour demeurer dans le confort et l’indifférence.
Pendant huit ans, je me suis forcé à apprendre les langues d’où je me trouvais. D’abord l’anglais, puis le thaï, puis le laotien, puis le khmer. Pas juste dans le but de pouvoir être fonctionnel, mais pour apprendre à connaitre les gens. Pour ne pas être limité à la portion qui parlent ma langue. Connaitre leur histoire, leur culture.

C’est à mon retour ici que je me suis aperçu que finalement, les kids anglos de mon quartier se foutaient pas mal de savoir qui j’étais.
Pendant que j’étais frustré de ne pas pouvoir parler leur langue, eux étaient finalement plutôt fiers de ne pas parler la mienne.




























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3 commentaires
  1. Ce que vous racontez fait beaucoup de sens. C’est comme si nous avions pris l’habitude d’être dominé. On est chez nous mais on agit comme si nous étions ailleurs, c’est vraiment pas normal.

  2. je suis un québécois d’origine franco-ontarienne

    je comprends parfaitement votre propos

  3. Perso, je suis devenu indépendantiste en 10e année (Sec. 4), à la fin des années `50, lorsque j’ai entendu les discours de D’Allemagne, Chaput, Bourgault, etc.
    Dans mon cas, ce n’était pas une question de frustration face aux « anglais » mais une réalisation que comme peuple, comme collectivité, nous devions prendre contrôle de notre destinée et cesser d’être inféodés à d’autres.
    Toute ma vie j’ai navigué autant du côté anglophone (forces armées, McGill, entreprise privée), que du côté francophone, en plus de travailler fréquemment à l’étranger. Et je demeure convaincu que notre salut comme collectivité passe obligatoirement par l’indépendance.
    Et qu’il passe par, enfin, devenir un peuple avec une histoire, plutôt qu’un avorton de peuple qui se complait dans le confort et l’indifférence, dixit Arcand!
    Mais j’avoue être fatigué et, surtout, très pessimiste!

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