Intolérance

Dans une discussion récente sur la laïcité, j’ai avancé mon argument habituel. Soit que l’exacerbation des identités sur la place publique, spécialement les identités religieuses, est contraire à l’esprit civique. On ne fonde pas un pays sur des identités différenciées, claniques, qui mènent inévitablement à la confrontation.

Ce n’est pas la raison qui guide les identités, mais l’affect. Et l’affect ne connait que les modes «repos» et «enflure». Alors quand vient le temps d’informer les normes dans nos relations sociales, c’est à la raison et à la neutralité identitaire qu’il faut en appeler.

Bref. On m’a répondu que «c’est l’intolérance qui mène à la guerre».

L’intolérance mène à la guerre, mais ça veut dire quoi ? Ça ne veut rien dire comme analyse. Ça nous instruit autant que de dire : «sa violente réaction aux arachides est due à son intolérance aux arachides»…

Le vrai problème, la vraie question analytique, c’est qu’est-ce qui cause l’intolérance ? Et c’est là que les esprits s’emballent. On cherche tout de suite des coupables : les discours populistes, l’économie, les politiques de droite, les inégalités, l’environnement, etc. Si possible, on cherche une grande intuition vague. On cherche surtout une grande cause qui nous tient à cœur et sur laquelle on peut, sans trop de préparation, discourir dans les journaux et les débats académiques.

L’intolérance n’est pas une cause. Elle est un résultat. Bannir l’intolérance, la censurer, la combattre… sont des idées qui n’ont absolument aucun sens du point de vue rationnel. C’est combattre des symptômes. Ça n’a que la valeur d’un remède homéopathique.

Quelles sont alors ces causes dont l’intolérance est le symptôme ? L’humain, tout simplement, est la cause. Notre biologie, notre psychologie, puis surtout ici notre sociologie. À chaque niveau d’analyse de la réalité humaine, on rencontre les conditions qui mettent en place l’intolérance religieuse et la méfiance clanique.

Je ne veux surtout pas «tolérer» mon voisin. Je ne veux pas non plus l’accepter ou l’aimer. Je veux pouvoir faire société avec lui, faire pays. Je veux qu’il me rejoigne dans la marche de l’Histoire. Je veux qu’il partage mes souvenirs et veuille avec moi en créer pour de futures générations. Je veux créer des alliances stables et durables avec lui.

Je ne lui demande qu’une chose. Quand on se rencontre dans la rue, dans le quartier, dans la cité, qu’il ne me dise pas d’emblée qu’il fait partie d’une communauté exclusive dont les dogmes me considèrent comme trop impur pour jamais ne serait-ce qu’en devenir membre honoraire. Qu’il ne me rappelle pas à tout moment, par ses signaux extérieurs, qu’à ses yeux ma bouffe est impure, que mes pratiques sont hérétiques et que ma blonde est impudique.

Surtout, qu’il ne me dise pas d’emblée que jamais ses enfants n’auront la permission de fréquenter les miens, dans l’espérance qu’il en survienne parfois des unions. Car c’est là le rejet ultime, non pas seulement de qui je suis, mais de tout ce que je, et nous, pourrions être.

Quand je vois se multiplier ce phénomène dans mes quartiers, je me trouve agressé dans ma sociologie.

Parce que l’exubérance identitaire religieuse n’est jamais, par définition, personnelle. Elle est toujours communautaire.
Quiconque ne comprend pas ceci devrait à tout jamais se taire sur toute question de société.


















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