Loups solitaires et islamisme

Attentat de Nice : la fulgurante et inquiétante radicalisation de Mohamed Lahouaiej Bouhlel


Voici ce qui se dessine avec ces différents cas de radicalisation subite et fulgurante. Des individus sans lien a priori avec l’islamisme, qui ne fréquentent même souvent pas la mosquée, mais qui ont différents problèmes psychologiques et/ou des profils criminels, de délinquance, etc.  Sur le fond, des individus qui entretiennent aussi, au moins de manière latente, un rejet de la société occidentale, qu’ils se figurent foncièrement amorale, dépravée, opportuniste, raciste, coloniale et spécifiquement antimusulmane…

Or, lorsque survient une crise dans leur vie, ces individus retrouvent très rapidement, prêt-à-penser, un canal identitaire islamiste à leur portée pour structurer leur rage et leur permettre de passer à l’action.  Ils trouvent sans peine l’adrénaline et les endorphines qui leurs donnent l’illusion d’agir, la drogue qu’il leur fallait.  Dans cette conversion, plus ou moins rapide, dans cet acte ultime, ils trouvent une solution à leur univers mélangé, ainsi qu’ils y trouvent une rédemption.  Qu’importeront maintenant l’alcool, les speed, le cul, les crimes, le mal d’être; bref la culpabilité islamique?  Ils deviendront des djihadistes!  Ils deviendront des martyrs révérés, avec la clé du paradis pour récompense.

De plus en plus, les enquêteurs de police et les espions auront peine à retracer un parcours authentiquement djihadiste chez les auteurs d’attentats islamistes débiles. De plus en plus, ils ne retrouveront que des paumés, «arabes» ou se le croyant.  Mais définitivement des islamistes.

Les plus fougueux d’entre eux sont déjà morts ou revenus castrés depuis les vallées de Daesh.  Les autres feront encore exploser des cocottes-minute dans des fêtes de parc.  Mais ils ont perdu d’ores et déjà.  Ce ne sont, dans leur vaste majorité, que des branleurs.  Des cloches à qui, leur vie durant, on a inculqué un rejet latent de leur société.  Une vraie excuse pour leur propre nullité personnelle, sur le mode «nous vs eux».

Parmi ces «communautés» chez qui on entretient le mythe d’être ostracisées, les islamistes n’ont qu’à se pencher pour recruter sans effort, de manière complètement opportuniste et donc imprévisible.  En fait, il s’agit carrément d’autorecrutement, comme s’il s’agissait d’une mode idéologique lugubre.

À nouveau les barbus, les salafistes, les wahhabites, les ayatollahs… rient dans leur barbe.  Tout ce qu’ils ont à faire, c’est entretenir ce «eux vs nous» parmi les communautés musulmanes de la planète.  (Frère Tarik Ramadan, par exemple, mais aussi des centaines d’autres petits «cheiks», comme notre Adil Charkaoui national, disséminés sur la planète.)
Ils n’ont ensuite qu’à continuer de diffuser leur solution idéologique: le Saint-Djihad.  Puis ils n’ont qu’à s’assurer enfin, par la menace, de nous faire douter de nous-même: de nos valeurs, de notre civilisation et de l’existence-même de nos peuples, d’un «nous» quelconque…  Ils ont réussi à nous faire douter de notre propre survivance, physique comme culturelle.

Et nous mordons.

C’est là qu’il faut agir.
Traquer et contrer le discours.  Cesser de nous enfarger dans les fleurs de tapis, à savoir qui est ou non un «islamiste», qui est ou non un «radical», qui est ou  non un «ennemi», qui est ou non un «de souche», qui sont ces «communautés» dont ils se prétendent les représentants…?  C’est un ridicule faux débat.

C’est le discours qu’il faut combattre.  Peu importe qui l’émet ou qui l’apprécie, et à quel pourcentage.  C’est tout le débordement du religieux, partout dans l’espace commun qu’il faut cerner.

On se fout de vos croyances.  Ayez-les tant que vous voulez!  Mais si vous voulez vraiment une société harmonieuse, ce ne peut pas être sur la base de ces dernières.  Si vous voulez vraiment, sincèrement parler d’«intégration», vous ne devriez pas faire étalage de vos croyances privées, ni les évoquer à tout venant pour justifier la teneur de vos relations avec les individus autour de vous.  Car vous pourrissez alors le cadre commun et ça, tout le monde le sent des kilomètres à la ronde.  Vous attirerez votre propre rejet.

Nul ne vous interdit de critiquer le système, la culture, de les contester même.  Mais dès que vous évoquez votre religion comme appui intellectuel à vos récriminations contre nous, la société d’accueil, vous vous aliénez tous vos appuis chez nous.  Une recette pour la tension et les méfiances intercommunautaires hostiles.

Nous n’avons que faire de la religion dans votre tête, comme nous imaginons que vous n’avez que faire des nôtres.  Et c’est la raison pour laquelle vous êtes mieux ici que d’où vous venez.  Parce que la religion, c’est socialement toujours mieux dans que sur la tête, ou surtout qu’entre les têtes.

Si vous ne pouvez pas comprendre ça, peu importe où vous êtes né ou votre première langue, peu importent vos croyances, la couleur de votre peau, peu importe votre nom de famille.  Si vous ne pouvez pas comprendre la laïcité, alors vous avez un profond déficit démocratique sur le plan intellectuel.  Et c’est entre autre pourquoi je ne veux vous voir ni dans mes ministères, ni dans mes garderies.

Vous voulez parler d’intégration?  Parlez-moi donc de mariages entre les individus autour de vous.  Permettrez-vous à vos enfants de fréquenter et de marier les miens, pour qu’enfin on puisse parler d’un réel «nous» ?  Ferez-vous les pas nécessaires pour me dire que vous êtes des nôtres, et non pas les membres en règle, full-patch, de communautés élusives et étrangères par vos propres définitions?  Serons-nous à jamais des communautés séparées par vos règles divines?

Continuerez-vous à laisser déborder dans toutes nos relations ces voiles, ces «haram» et ces «halal» qui vous servent à définir toutes choses, comme ces kascher et ces sacristies d’autrefois?  Alors que nous n’en avons cure à la base.  Et alors que nous ne pouvons que nous opposer à de telles prétentions de votre part, comme vous le savez.

Mais vous demandez-vous parfois pour quoi êtes-vous militant?  Vous interrogez-vous jamais sur votre possible aliénation, comme moi je le fais constamment?  Ne pensez-vous jamais à quelle société vous vouez nos enfants?  Quel modèle vous plait-il tant: le Liban, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan?

Ou alors direz-vous peut-être avec nous: À chacun sa religion, mieux gardée à la maison.




 

 

 

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