Inclusifs ou inclusivistes…: «tolérastes»

Petite analyse fonctionnelle de la pensée inclusiviste, mieux décrite par le terme «toléraste».

Le toléraste est un individu aux prétentions intellectuelles qui n’a jamais réellement pris une minute de sa vie pour réfléchir sérieusement au phénomène religieux, mais qui à la première annonce du débat sur la laïcité au Québec s’est autoproclamé expert sur le sujet.   Hormis un profond dédain pour le christianisme, qu’il associe à la droite conservatrice, le toléraste, qui se décrit comme progressiste, considère d’emblée les religions qui lui sont étrangères comme «sympathiquement exotiques».  (Ça ne veut pas dire grand-chose, mais c’est précisément le point.)

Le toléraste rappelle en ça un touriste en Inde qui s’émerveille sur la belle spiritualité de l’Orient et de l’hindouisme qu’il découvre dans les temples où le mène son tour guidé.  Il se prend à penser que l’Occident ferait bien d’apprendre de cette sagesse ancienne et ô combien riche et qu’il devrait écrire une thèse là-dessus.
Pendant ce temps, l’intello touriste ébahi ne se rend pas compte que son guide prend mille précautions pour lui éviter de tomber sur un individu de basse caste s’immolant devant un autre temple un peu plus loin, afin d’échapper à son destin de misère abjecte religieusement prescrite et dans l’espoir de se réincarner dans une situation plus enviable : en chien errant par exemple.

N’ayant aucune expérience ou connaissance première sur la croyance, le toléraste, lui-même le plus souvent athée, agnostique ou alors complètement sécularisé, rien dans son bagage intellectuel ne lui permet d’analyser le phénomène de l’identitarisme ethnicoreligieux de manière appliquée.   Il ne peut deviner ni l’emprise du religieux sur le libre arbitre des individus, ni l’étouffante contrainte sociocommunautaire qui l’accompagne, ni le climat de différentialisme, de méfiance, de tensions et de violences intercommunautaires auxquelles l’exacerbation identitaire mène inéluctablement.
S’il prenait la peine d’analyser l’histoire des religions, on pourrait penser que le toléraste, intellectuel patenté, relierait les points et en viendrait à la conclusion que cette présente ère de revendications religieuses ne peut que nous ramener tout droit vers un passé contre lequel nous avions bien fait de nous vacciner : culturellement et donc dans nos mœurs.

Or, à l’instar de son regard de touriste fasciné par l’exotisme des religions qu’il ne comprend pas, le toléraste pose un regard tout aussi «exotisant» sur l’Histoire.  Il croira par exemple que la période de la conquête islamique fut fort probablement le moment où l’Europe connut son plus bel épanouissement, comparé à son déclin moral actuel…  Il minimisera les traites esclavagistes arabes et africaines pour ne parler que du racisme blanc.  Il taira les colonisations asiatiques et arabes pour ne parler que de la colonisation européenne, puis taira les massacres décoloniaux…

Mais surtout, le toléraste se refuse aux amalgames.  Au point où, on en vient à le comprendre, il faut nier toute notion de catégories ou toute autre classifications : au nom d’une idéologie libertaire, apparemment de gauche, mais aux relents plutôt mussoliniens ou franquistes.  Au nom d’une idéologie qui menace de nous punir, intellectuellement et socialement, sinon physiquement, si on ne marche pas dans ses pas.  Une idéologie qui nous décrit comme originellement fautifs, tout en nous interdisant de la contredire par crime de péché mortel, ne serait-ce que quand nous ne faisons que des corrélations évidentes.

Alors le toléraste refuse le plus souvent de relier les points qui pourraient lui révéler une image déplaisante de la réalité, en contradiction avec ses grilles d’analyse.
Remarquez que le toléraste ne refuse que ces corrélations qui heurtent ses convictions et ses propres a priori.  Car lorsque vient le temps de faire des «amalgames» entre laïcité et xénophobie, entre populations majoritaires et peuple taré, entre choix religieux et races… il ne se prive pas.

Dès lors, là où le toléraste part complètement mal outillé pour analyser la résurgence du phénomène religieux dans la sphère publique, qu’à cela ne tienne !  Il appose simplement par-dessus la réalité ses propres grilles d’analyse séculières qui lui sont familières.  Des grilles d’analyse qui seront politiques, philosophiques, économiques, anticolonialistes, antiracistes, féministes intersectionnalistes, block transgenre, etc.  Ceci sous peine d’avoir à tordre ici les grilles et là la réalité afin que les deux puissent concorder.  C’est à ce prix que le toléraste maintient tant bien que mal son sentiment de cohérence intellectuelle.

L’inadéquation entre ses grilles d’analyse et la réalité observable jette logiquement le toléraste dans un état de confusion intellectuelle, qu’il tente de compenser par un zèle de ferveur militante.  Ainsi, étant absolument incapable de comprendre les signaux d’alerte que lui lancent les laïcs concernant la dégradation du tissu social qui s’opère sous son nez idéologiquement myope, le toléraste en tire les seules conclusions que lui permettent ses grilles. Il n’y verra que racisme, xénophobie, intolérance, impérialisme, etc.  Tares apparemment congénitales qui fourmilleraient dans les culottes particulièrement souillées de l’«homme blanc».

C’est cette confusion idéologique qui fera confondre au toléraste les pratiques individuelles avec leurs corolaires socioculturels, donc confondre causes et effets, comme confondre la critique sociologique du phénomène religieux avec un rejet bête et raciste de catégories entières d’individus, confondre normes sociales favorisant l’esprit civique avec tyrannie de la majorité, confondre de banales restrictions légales encadrant la pratique religieuse dans les institutions communes avec de l’«exclusion», etc.

Le toléraste inclusiviste, choqué par le refus des laïcs (c’-à-d. selon sa grille de «racistes») d’adhérer à son programme.  Le toléraste, frappé donc par sa propre incompréhension de l’état des choses, enfourchera le cheval du militantisme guidé par la morale kantienne qu’il croit déceler dans ce qui lui tient lieu d’analyse.  Ceci sans jamais réaliser qu’il enfourche le mauvais cheval pour la mauvaise bataille.

Le toléraste glisse alors de plus en plus profond dans ses prétentions analytiques (au départ débiles), pour finalement sombrer dans un posturalisme moral.  Fermé à tout argument ou à tout fait contraire, tel un Don Quichotte, au final le toléraste ne se bat de tout son zèle contre rien, mais au seul profit de l’auto-promotion de sa vertu.

 





































 

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3 commentaires
  1. Très bon petit texte.

    Cependant, vous dites: « Fermé à tout argument ou à tout fait contraire, il finit tel un Don Quichotte par se battre de tout son zèle contre rien, mais au profit de sa seule vertu. »

    Faux.

    Il met son zèle à combattre les dénonciateurs de l’islam politique, au profit des islamistes qui instrumentalisent systématiquement la haine de soi occidentale.

    • En effet ! Bien que souvent il l’ignore et qu’il s’en défendra bec et ongle. 😉

      • C’est ce qu’il y a de plus triste en effet.

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