Sur l’offense

On parle beaucoup de l’insulte religieuse et du blasphème depuis 20-25 ans.  Depuis l’affaire de la fatwa contre Salman Rushdie. Et le débat a pris une tournure très dramatique depuis ce janvier 2015.

On parle du droit de critiquer et d’insulter. Du droit à la caricature qui s’opposerait à un mystérieux droit à ne jamais voir contredites certaines de nos plus spécieuses superstitions.

On parle surtout du «devoir de ne pas offenser».

[Début de parenthèse de mise en contexte

Adil Charkaoui est dans les nouvelles aujourd’hui. Encore.

J’aurais commencé par bien lui expliquer les 3 ou 4 règles fondamentales à respecter quand on essaye de s’intégrer harmonieusement dans une société d’adoption et de choix. Parce que je ne me rappelle pas qu’on l’ait invité au départ. Alors ça serait la moindre chose qu’il fasse un petit effort et qu’il cesse de blâmer — et de poursuivre — tout le monde pour les problèmes qu’il ne cesse de s’attirer.

Il faut dire ce qu’il faut dire, Charkaoui est un con. Du genre à s’inviter lui-même à son propre dîner de cons. Mais ce qu’il a des couilles ! Et en plus, il maîtrise relativement bien le vocabulaire pseudo-académique et pseudo-progressiste qui circule dans nombreuses associations militantes universitaires depuis les années 80.  Bref, il est un parfait exemple de ce «militantisme islamiste modéré», celui qui sait sans cesse faire parler de lui en nous menaçant des foudres qui s’abattront sur nous s’il se sent trop victimaire… euh, trop victimisé.

Toujours aujourd’hui dans les nouvelles, Samah Jabbari a déclaré : «On ne va pas accepter d’être les esclaves, ni les négros des Québécois»…

On a le dos très large apparemment.

Fin de la parenthèse.]

On parle donc du droit de ces musulmans à ne pas être «offensés». On tergiverse sur leur sensibilité et sur notre responsabilité à chaque fois qu’un de leurs plus couillus passe à l’action avec une carabine sur des écrivains ou sur des caricaturistes, ou sur des militaires revenant de faire leur épicerie. Et sur des juifs.

Mais une question n’est jamais vraiment posée. D’où provient ce puits apparemment sans fond d’offense ? Quelle est cette source inépuisable de revendications couillardes ? De quoi se nourrit cette détermination à aller toujours à l’extrême, peu importe la possibilité de compromis et sans considérations pour les dégâts causés ? (La frustration sexuelle vient immédiatement en tête. La donnée est d’ailleurs amplement corroborée par la réalité, tout autant que par les textes sacrés.)

Me demandant d’où surgissait la frustration d’une revendication identitaire, j’ai donc suivi la voie tracée. J’ai laissé grandir en moi le sentiment d’offense. N’étant pas trop habitué parce qu’ayant été élevé à contrôler mes émotions et à en prendre la responsabilité, je dois avouer que ça a pris un peu de temps. Mais quand ça a commencé, ça a réchauffé mon intérieur…

Une vraie révélation!  Un peu comme la force obscure, «l’offense» a grandit en moi.

Et ce qui m’offense le plus, Oh surprise!, c’est le voile islamique.

Il ne m’offense pas parce que c’est un voile.  Mais parce qu’il est islamique.

L’islam en soit ne me fait ni froid ni chaud. C’est une religion débile comme toutes les religions pour moi. Mais l’islam a ceci de particulier que je ne peux rien dire contre elle sans me faire traiter de raciste. Je peux moquer la chrétienté. Et rien à craindre avec le bouddhisme. Je peux même moquer le judaïsme (oui, même si je risque du trouble en moquant l’Holocauste, je peux moquer le judaïsme sans risque).

Mais pas l’islam.

Pourtant, le voile m’offense. Et il m’offense tout aussi profondément chez les immigrantes de 1ère, de 2e et de 3e générations que chez les converties dites de souche.

Ce voile m’offense de par ce qu’il annonce d’un nouvel arrivant qui, dès le pied à terre, en fait tout un plat juridique et moral. Ça démontre d’emblée un refus de quelque intégration. La préséance est annoncée : ce sera «Ma religion!» et rien d’autre.

Puis ton voile m’offense de par ce qu’il dit de toutes les femmes non voilées. De ma blonde, ma mère, ma belle-mère, ma sœur, ma fille (si j’en ai une un jour), de mes nièces et de toutes mes amies…

Lorsque je te demande «Pourquoi ton voile?» et tu me réponds «Par choix personnel», mais que tu mentionnes du même souffle pour la modestie, pour être bien vue par le Créateur, pour être acceptée par la communauté, pour être bien évaluée par les garçons, pour être morale…
Quand tu affirmes cela, tu affirmes en même temps que toutes les autres – ma blonde, ma mère, ma sœur… – sont immodestes, mal vues et immorales, indignes du Créateur et des garçons

Tu affirmes d’emblée que tu es communautairement distinguée en faisant étalage ostentatoire de ta prétendue modestie, tout en affirmant que ça te confère des droits.  Tu es dans l’erreur et ça offense mon intelligence.

Ton voile m’offense ensuite par ce qu’il dit de moi, en tant qu’homme qui ne saurait retenir mes pulsions les plus basses à la vue de tes cheveux.  Si tu veux savoir, ni tes cheveux ni tes poils pubiens ne sauraient m’exciter au point de songer à te faire des avances sexuelles.
Dans la société où je vivais avant ton arrivée, on s’engageait à ne plus être des brutes animales.  On s’était engagé à ce que les femmes puissent évoluer sans le besoin d’escortes masculines et de remparts tracés sur tout le corps pour assurer leur intégrité.
(De toute manière, si tu veux savoir, c’est bien plus la personnalité d’une femme qui m’attire.  Et pour ça, il faudrait en avoir une plutôt qu’un seul ersatz d’identité religieuse à afficher.)

Ton voile m’offense aussi parce qu’il m’annonce d’emblée, sans équivoque, que tu appartiens à ta communauté.
De tout temps, ma société s’est battue pour que tombent les frontières sociales et communautaires. Toi, tu en ériges.

Tes uniformes, qu’ils soient portés par pur choix ou par contrainte sociale, ces symboles nous informent d’une chose. Un tabou absolu sur le mariage à l’extérieur de «ta communauté».
Car aucun rejet ni aussi catégorique que de dire : «Jamais nos enfants ne marieront les vôtres, inch Allah!».   Et c’est précisément ce que ton voile signifie.  Et c’est précisément la prolifération de cette idée qui me choque.
Nous avons toujours combattu ce genre de rejet catégorique de l’autre et nous faisions de grands progrès.  Certes, nous avons commis de grands péchés par le passé à cet égard et nous en commettons encore, mais nous nous repentons.  C’est ce que nous aura légué de bon notre héritage chrétien.  (L’héritage islamique semble parfois tout autre…)

Ça m’offense profondément de me faire dire que tu veux venir ici, que tu en fasses le choix, mais que tu cherches immédiatement à tracer des frontières communautaires.  Et surtout avec le concours et la force d’une loi divine qui n’appartient qu’à toi.  Cette loi identitaire que tu charries partout dans tes bagages.

Ici, maintenant, ce ne sont pas nous qui vous excluons. Ce sont vous qui nous excluez, de manière avouée.

Ton voile m’offense enfin à un niveau tout à fait primaire. Il m’offense comme on s’offense machinalement. Comme on le fait face à quelqu’un d’intelligent, mais qui ne se lave pas. Ou face à quelqu’un qu’on invite à une fête et qui sans prévenir ramène avec lui un invité dérangeant.

Je m’offense face à ton voile. Offensé comme ta mère ou ta cousine s’offenseraient si, là d’où elles viennent, je faisais frire des kebabs au porc sur mon balcon en plein après-midi de Ramadan. Je m’offense machinalement comme si tu entrais dans ma mosquée et refusait tout sourire de te déchausser sur les tapis en déclarant ton «droit fondamental à ne pas exposer tes orteils comme un impur».

Tu sembles absolument insoucieux — insoucieuse — de compromettre dès qu’il s’agit de ta religion.  Ton refus militant d’enlever ton voile ne fait qu’exemplifier cette attitude, il la symbolise (puisqu’on parle de symboles).  Et si tu veux savoir, ne cherche pas plus loin : c’est pour ça qu’il est si commenté par la population et dans les médias.

Alors que nous avons tous et toutes appris à compromettre avant.  Alors surtout que nous avons connu ça pendant des siècles et que ça commençait à aller mieux depuis qu’on apprenait à faire des compromis là-dessus, sur la religion.  Toi, tu en ramènes aujourd’hui et tu réveilles de vieux démons dont on se croyait en voie d’être débarrassés

Si je dois t’opposer une identité de souche à cette identité islamique bardée de symboles, d’uniformes, de tabous, d’interdits et d’offenses que tu me brandis à la face, si tu y tiens, alors voici.

Je m’identifie profondément, obstinément et universellement à la laïcité.  Un mouvement de fond historique auquel j’adhère de tout mon être, pour la santé future de cette planète.  Pour mon garçon, pour qu’il puisse vivre un peu en paix.  Je me préoccupe de la laïcité exactement au même titre que je me soucie de l’environnement et des gaz à effets de serre pour lui.  C’est une réelle conviction, informée.

Toi, tu me sardine sur tout ce qui te serait dû parce que «tes droits» et parce que «ton identité»…  Mais en gros, tu nous sardines surtout sur toutes les offenses que tu ressentirais et les prétendues menaces qui t’accableraient, tandis que ce sont les freaks qui t’ont suivie à la réception qui foutent le bordel pour tout le monde.
Tu aurais au moins pu t’essuyer les pieds en arrivant.  Tu pourrais au moins le faire maintenant, plutôt que de blâmer le tapis pour les taches ensuite…

Sache donc que ton voile m’offense profondément.  Il m’offense dans mon sens de la morale le plus profond, dans mon identité et dans mon amour pour l’avenir de ma société.  De cette société que j’entends léguer à mes enfants.  De celle que tu t’emploies à cribler de frontières communautaristes.

Mais sache bien que je ne menacerai ni ne tuerai jamais aucun de tes intellectuels pour ça, ni ceux de tes couillards qui me moquent ouvertement dans leur barbe.  Et je n’enseignerai jamais à mon fils qu’ils méritent la mort pour leurs croyances, ni même qu’ils méritent le plus «modéré» des mépris.

Je les moquerai à mon tour par contre, ouvertement et en toute franchise.
Ce droit, tu ne me l’enlèveras jamais.

Parce que je respecterai toujours mes principes qui, contrairement aux tiens, placent la vie humaine et l’harmonie sociale au-dessus des croyances.  Aussi sincèrement que débilement ressenties soient-elles.

……………………………………………

……………………………………………

……………………………………………

……………………………………………

……………………………………………

……………………………………………

……………………………………………

……………………………………………

Advertisements
2 commentaires
  1. Ce texte me va droit au coeur tant il exprime ce que profondément mes ancètres m’ont légués par leur gènes.

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :