Multiculturalisme

J’ai été plutôt bien élevé je dirais. On ne m’a jamais inculqué quelque préjugé qui soit sexiste, raciste, homophobe, anglophobe ni antireligieux. Je n’ai aucun mérite, qui revient à mes parents, comme à ceux de mes amis d’enfance.  Le cadre dans lequel nous avons grandis — filles, gars, Portugais, Haïtiens, anglais, musulmans, juifs, catholiques, protestants… — n’en était pas un de «multi». Nous ne nous voyions pas dans notre diversité, mais dans notre unité en tant que petits Québécois. On écoutait la même télé (Goldorak!), la même radio, on jouait aux mêmes jeux et sports, et surtout on parlait la même langue. Tous on participait sans trop faire d’efforts à se créer un monde commun.

Ce n’était pas un déni de notre diversité.

Quand j’allais jouer chez mon ami Luis, il y avait souvent d’immenses tentacules inquiétantes qui jaillissaient d’une marmite bouillante sur la cuisinière. C’est aussi là que j’ai goûté des huitres pour la 1re fois. Chez la maman d’Algary, c’était plus mystérieux. Il n’y avait pas de portes, que des rideaux de billes derrière lesquels je l’entendais à travers le son du zouk, mais je ne me souviens pas l’avoir jamais vue…  (Algary que j’avais d’abord présenté à mes parents, à 5 ans, comme «mon nouvel ami bleu», parce que j’ai mélangé mes couleurs jusqu’à assez tard.)  C’est chez le papa de Rachid que je me suis toujours senti le plus chez moi. Peut-être parce qu’il ne savait pas me parler en enfant. Il m’a toujours confié des trucs sur sa vie d’adulte que je ne comprenais pas, mais j’appréciais la confiance.  Mais bref, c’était des parents : étranges parce qu’adultes surtout, sans qu’aucun d’eux ne soit «étranger», même si je voyageais à travers leurs accents.  Tandis que notre diversité à nous se vivait sans poser problème, de maisonnée en maisonnée selon chez qui on allait jouer pour la journée.  Il ne nous serait surtout jamais passé par la tête de célébrer le «multi» de nos différences, ni par la tête de nos parents de nous le rappeler : on était beaucoup trop occupés à être des petits gars et des petites filles pas mal semblables.

C’est qui je suis. C’est qui nous étions dans les années 70-80, dans la paroisse St-Albert-Le-Grand (maintenant devenue le quartier Maisonneuve-Rosemont). Des amis indiscutables, des aventuriers casse-cou, des flâneurs, des explorateurs, des rêveurs. Nous savions qui nous étions et ce n’était pas à travers nos différences.

Aujourd’hui, on me dit que je dois approcher l’«autre» comme un membre en règle d’une communauté fermée et selon des mœurs dictées par des textes sacrés arcanes qui fonderaient «son identité». Puis on l’encourage à se barder de symboles et d’uniformes pour bien me le rappeler à chaque coup d’oeil.  On me raconte que tout ce que je fais, ce que je pense et même pourrais penser peut être une offense à cette «identité». On me traite de colonialiste puis on ne cesse de me répéter que cet «autre» me fait une faveur en restant ici pour m’enrichir, mais qu’il pourrait demain déménager ses pénates vers l’Ontario, beaucoup plus ouverte, si j’insiste trop pour que ses enfants se mêlent sans frontières aux miens. On me reproche sans cesse de l’«exclure», de ne pas assez le voir comme un «nous» Québécois à part entière, en même temps qu’on me surligne d’un ton revanchard sa différence, le tout dans la même phrase.

Bref, ceux que j’ai toujours spontanément vus comme «mes amis», on veut aujourd’hui me forcer à les voir comme des «autres», puis on appelle ça le progrès et les droits humains.

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