Armageddon

«Les états n’ont pas d’amis.  Ils n’ont que des intérêts»
Charles De Gaulle

Je me suis toujours promis de ne jamais écrire là-dessus. Primo, parce que contrairement à apparemment toute la planète, je ne suis pas un expert du Moyen-Orient en général et du conflit israélo-palestinien en particulier. Contrairement à apparemment tout le monde sur Facebook et sur Internet en tout cas, je ne crois pas que si on m’écoutait et que je compilais une liste suffisamment impressionnante d’articles et de liens Youtube, tout le monde verrait enfin où se situe le bien et le mal dans ce merdier sans fond et comprendrait comment ça pourrait enfin se régler. Secundo, parce que ce merdier emmerde tout ce qu’il touche. Alors je ne tiens pas à y toucher. Puis tertio, parce que plus ce conflit dure et qu’il nous emmerde tous, moins j’y vois de trace de bien ou de mal honnêtement (et qu’inversement, plus ceux qui veulent y participer, se sentir impliqués à distance, m’emmerdent).

Mais on me demande souvent à moi aussi de me sentir concerné, de me prononcer, de prendre parti. Alors voilà.

Je répète, je ne vois plus aucun bien ni mal dans ce conflit. Ni de plus grande responsabilité de la part de l’un ou de l’autre à ce stade.

D’un côté, je vois un peuple humilié, brutalisé, qui trouve amplement de sources de haine dans sa situation. Ça me déchire à chaque fois que je vois un olivier déraciné par un bulldozer israélien, mais encore plus à chaque que je vois un de ces parents fou de rage transportant un petit corps. Alors je comprends. Mais je vois aussi un peuple qui trouve une justification eschatologique à sa haine 5 fois par jour, comme à sa souffrance et à sa lutte. Une nation qui, jusque dans ses émissions pour enfants, se permet d’enseigner la mort aux juifs.  Pas aux Israéliens : aux juifs. Un peuple qui fait la fête dans les rues et distribue des bonbons quand 3 jeunes Israéliens sont kidnappés et assassinés. Et qui a eu comme dirigeants des radicaux corrompus et des terroristes depuis le début. Je ne suis pas un expert de tout ça, mais c’est ce que je vois.

En face, je vois un peuple qui s’est transformé en nation, puis qui a transformé un désert en pays prospère. Ce, malgré que dès le premier jour (en fait bien avant) tous ses voisins l’aient voué à l’extermination et qu’ils s’y emploient de manière directe et indirecte depuis. Je n’en fais pas les gentils de l’histoire pour autant. Israël aussi s’abreuve de ses propres récits eschatologiques débiles. Mais surtout, Israël se bat sale et, au final, sans morale. C’est un combat pour sa survie, coûte que coûte, point barre. Israël sait ce qu’elle défend, elle sait contre qui elle le défend et elle sait surtout ce que ça a déjà coûté par le passé de ne pas pouvoir se défendre.

S’il faut vraiment que je choisisse avec un fusil sur la tempe?…

Au moins Israël a la règle de droit et des institutions pour protéger ses minorités. Ça ne les empêche pas de faire une boucherie à Gaza, d’implanter des colonies additionnelles chaque année, ça n’empêche certainement pas la discrimination envers les arabo-Israéliens par la population, comme bien d’autres choses ignobles encore j’en suis sûr. Mais au moins, Israël n’attaque pas aveuglément des populations civiles, même si au final elle en assassine. Au moins, Israël n’envoie pas ses femmes et ses enfants se martyriser.  Au moins, Israël condamnera en justice les juifs radicaux qui ont brûlé un jeune Palestinien par vengeance et, au moins, ils ne seront pas exécutés trainés nus sur l’asphalte attachés à des pickups, aux cris de «Dieu est grand!».

On me dit que je devrais me sentir plus près des Palestiniens parce qu’ils subissent la colonisation. Nous, c’est vrai, nous avons connus ça. Mais on ne s’est jamais battu si sale, ni comme les uns ni comme les autres. On a perdu d’ailleurs et on risque de disparaitre pour cause. Mais si c’était à refaire, je préférerais me battre sale comme les Israéliens plutôt que comme les Palestiniens. Ou alors pas si sale que ni les uns ni les autres. J’aime surtout penser que je préférerais concéder la défaite à nouveau et m’exiler avant d’en faire un djihad éternel auquel je vouerais perpétuellement mes enfants, depuis le berceau jusqu’à leur martyr, ou avant de cautionner qu’on tire délibérément des roquettes sur des civils et qu’on envoie des kamikazes se détonner dans des marchés publics en mon nom.

Mais en attendant, je n’ai pas de fusil sur la tempe (pas pour l’instant en tout cas). Fait que…

Les deux côté sont irréconciliables de toute façon. C’est comme un combustible éternel. Alors surtout, je ne vois rien de bon à constater que ce conflit s’importe chaque année un peu plus dans le rues de Londres, de Paris et de Montréal, par du monde si farouchement et fanatiquement déterminés à en finir pour prouver que c’est eux qui sont du bon côté, que c’est eux les «bons».

Je suis écœuré de savoir qu’aucun de ceux qui sont dans la rue de Montréal à manifester aujourd’hui, avec des kéfiés au cou et des drapeaux du Hamas, n’ait une seule once de cette compassion et de cette ferveur quand il s’agit du sort des Tibétains, des victimes des Talibans ou de Boko Haram, du Timor oriental, ni du sort des Chrétiens d’Iraq et de partout dans les pays islamiques. Je suis écœuré de savoir qu’ils n’ont aucune rage contre la complicité cynique des pays arabes qui se foutent de leurs «frères palestiniens». Cette sélectivité absolument univoque dans leur «humanitarisme»…  Les manifestants écrivent «paix» et «droits humains» sur leurs banderoles, mais ça crève les yeux que leur passion et leur dégoût sont pas mal plus ciblés que ça.

Très, très agacé aussi quand je sais que tout ce beau monde, les pro les antis, tous, sont plus concernés et prêts à se battre pour cette cause qu’ils ne s’émeuvent du destin de la société québécoise, qui elle aussi est en train de disparaître, mais dans laquelle ils vivent pourtant.  Nous, ce n’est pas sous les bombes et sous les prêches martyricales, mais à grands coups de déni qu’on nous assassine.  Alors bof, le Québec ça peut bien disparaître.  De toute façon, nous ne sommes inscrits ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament, et sinon dans le Coran comme toute autre terre à conquérir.  D’une manière ou d’une autre, c’est moins biblique ce qui nous arrive.

Parce que quand je regarde tout ça, je me dis «les tabarnaks!», tous autant qu’ils sont ils veulent nous y ramener, finalement, dans leurs récits débiles sur la fin des temps, sur les temples détruits, les révélations, sur qui est le peuple élu et qui sont les damnés du ciel, sur leurs messies et toutes leurs prophéties de malheur. Et ils y arrivent.

La Palestine, ce n’est pas une cause humanitaire. Ça ressemble de plus en plus à un désir de voir s’accomplir l’Armageddon.  Choisissez celui de votre livre saint, ou de votre manuel politique, préféré.

……

……

……

……

……

……

Advertisements

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :