Difficile de vous sourire, Mme Chose

Il y a d’abord les chiffres

Le PLQ a remporté cette élection haut la main avec un peu moins du quart du vote francophone. Chez les anglophones et les allophones, l’appui à ce parti, qui nous a fait baigner dans la corruption pendant une décennie, est monté jusqu’à 92% dans certaines circonscriptions.

Donc il y a aussi les «communautés»

Des communautés qui, sauf à croire qu’elles sont des tribus composées d’individus identiques, sauf à croire qu’elles soient friandes de corruption libérale, de tronçons de route 15-20% plus chers, de médecins surpayés pendant qu’on attend des 18 heures à l’urgence et de garderies à 7$ distribuées aux riches donateurs libéraux…, des communautés qui ont donc toutes voté «contre» quelque chose, en bloc. Contre le référendum et l’indépendance pour les unes, contre l’intégration et le français pour les autres, puis bien sûr contre toute réelle laïcité pour on sait qui.  Jusque là, on le savait.

Puis il y a les individus

Ça, c’est nouveau pour moi. Et ça semble l’être pour bien du monde autour de moi.  Nouveau que je personnalise autant une élection, ce qui va à l’encontre de tous mes principes les plus profonds. Dont cette idée que la politique c’est la politique, que les relations personnelles sont d’ordre personnel, et qu’il est sain de ne pas mélanger les deux. Sauf que je n’y arrive pas cette fois-ci…

Je n’arrive pas à ne pas voir dans chaque anglophone avec qui je travaille quelqu’un qui a voté contre l’existence de ma nation, quelqu’un qui a cherché à me rappeler que mon histoire aurait dû se terminer en 1759. Les chiffres ne me permettent presqu’aucune incertitude sur chacun d’entre eux. Et puis certains me l’ont d’ailleurs affirmé: «I’m voting for Canadian unity, because it’s my identity and I believe in the Canadian ideal». Apparemment, après les siècles de promesses constitutionnelles brisées et d’humiliation des French pea soup, le Canadian ideal comprend maintenant l’élection de gouvernements corrompus et sans vision, pourvu que ça veuille dire aucune obligation d’intégration à la majorité francophone au Québec. (Faudrait penser à rajouter une ligne là-dessus dans le Ô Canada.)

Alors, bien malgré moi, je personnalise. Je personnalise avec mes collègues anglophones qui me lancent de grands «Hi!», tout souriants lorsqu’ils me croisent depuis l’élection. Je personnalise avec ceux qui me disent «Sorry» lorsqu’ils veulent sortir de l’autobus. Je personnalise avec mon dépanneur vietnamien, celui avec qui je jase longuement presque tous les jours depuis 4-5 ans, dans son français baragouiné. Je personnalise avec mes voisins chinois, qui eux ne le baragouinent même pas, ainsi qu’avec leurs enfants de la loi 101 qui, comme le fils de mon dépanneur, vont maintenant tous à l’université anglophone. Je personnalise avec les serveurs de mes restos indiens et chinois préférés qui, après toutes ces années, n’ont pas encore figuré comment apprendre le contenu d’un simple menu en français…

Puis je personnalise avec la petite madame retraitée qui vit en bas de chez moi. Celle qui est super fine et qui adore mon garçon, à qui elle donne toujours des biscuits. Celle qui me parle de toutes les croisières qu’elle a faites avec son mari, maintenant défunt. Celle qui me parle aussi souvent de sa frustration de voir les musulmans et autres minorités immigrantes «imposer leurs religions» partout.

Celle qui m’a pourtant annoncé qu’elle voterait libéral quelques jours avant… Quand je lui ai demandé, «Mais la corruption?», elle m’a répondu: «Qui, le PQ?»  Étonné, je lui ai dit que non, que je parlais du PLQ qui s’en allait gagner parce que Couillard faisait peur à tout le monde avec le référendum.
Je jure, dès qu’elle a entendu le mot «référendum», les cheveux lui ont levé sur la tête.  «Ah non, il faudrait surtout pas qu’y aille un référendum, ah non, ah non!».

Je la croise à tous les jours depuis l’élection et comme à son habitude elle est super gentille avec mon gars. Mais moi, j’ai de la difficulté à lui sourire. Parce qu’elle a voté pour le parti qui a amené la corruption jusque dans les garderies où j’envoie mon fils. Le parti qui fera en sorte que ce dernier continue d’y subir le sexisme des restrictions religieuses de ses éducatrices, comme les menus religieux imposés par elles et d’autres parents, maintenant tous rassurés quant à leur «droit fondamental» de les imposer.  Le parti qui fera en sorte que ça continue tout au long de son éducation, puis après dans son milieu de travail.

Ma madame, elle continue d’être bien fine avec mon fils, mais j’ai de la misère à lui sourire parce qu’elle a voté pour le parti qui fera de lui un québécois: un ethnique avec un petit q.  Elle a voté pour m’empêcher de léguer à mon fils une nation sur la seule terre qu’il puisse pourtant appeler chez lui. Elle a voté pour le parti qui s’efforcera de le noyer culturellement tout en le bilinguisant à l’os depuis la garderie, pour qu’il puisse se trouver du travail le maudit chanceux.  Mais surtout, pour que ses voisins anglos n’aient pas à se bilinguiser trop trop, eux qui peuvent toujours redéménager en Ontario, ce qui les incommoderait.

En fait, je me dis qu’elle a probablement voté pour sa pension, parce qu’elle est de ceux dans cette génération qui ont fait des croisières plutôt que des enfants. Je ne sais pas à qui iront les belles photos qu’elle m’en a montré lorsqu’elle mourra.  Mais je sais que l’héritage qu’elle et les autres auront légué à mon enfant, ça restera longtemps.

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3 commentaires
  1. Simplement merci pour ce texte. Une réalité désarmante. D’une tristesse infinie, aussi.

  2. Merci pour ce texte magnifique….mais je crois qu’il faut leur laisser savoir pourquoi, vous ne souriez plus. Moi, j’ai pris la décision de ne plus sourire à Mme Chose, encore moins de manger ses biscuits et d’écouter ses récits.

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