2014: Début de la contre-Révolution tranquille

Québec: nation, ethnie, ou même race?  Ça a toujours été la question canadienne depuis 1759.  On vient de leur fournir la réponse.
Ça n’a pas toujours semblé évident, car il y eut des reculs, des avancées et des soubresauts.  Alors beaucoup comme moi se sont longtemps leurré d’espoir et de fierté…  Mais disons-le franchement.  Dorénavant, «Québécois» veut dire «ethnie canadienne-française».  C’était le plan depuis le début de toute manière.

J’ai lu récemment un témoignage, et j’en ai lu et entendu bien d’autres similaires depuis les années.  Similaire à ce que je constate moi-même tous les jours dans les couloirs de mon école.  Quand je dis à mes élèves qu’ils sont des «Québécois», ceux qui ne sont pas «pures laines» protestent avec vigueur.  Non, non!  Ils sont autres: Mexicaine, Chinois, Algérienne, Indien… Puis ils sont Canadiens.
Mais «Québécois», ce n’est que pour les franco-catholiques «de souche».  (Et ces derniers n’en sont même pas vraiment fiers.  On les soupçonnerait de rêver secrètement d’être autre pour avoir une identité plus forte.)

Pourtant, pendant les 4 dernières décennies, on avait cru que ça pourrait vouloir dire plus, et nous n’avons pas ménagé les efforts en ce sens.  Nous avions résisté contre notre racialisation programmée et avions mis tout en place pour faire de notre identité nationale une qui soit civique, inclusive et accueillante, «en français s’il-vous-plaît».
Et elle l’est, quoi qu’on en dise.  Mais les faits comptent peu comparé aux perceptions…
Au final, ils sont donc majoritairement demeurés sourds et aveugles à notre ouverture, à nous et à notre culture, l’ignorant tout en prétendant pouvoir nous accuser d’être la tribu fermée de leurs fantasmes canadiens.  Ce seront donc eux qui ont le mieux résisté.
Et surtout, nous, on vient de baisser les bras.

La haine irrationnelle de Pauline et une mauvaise campagne électorale ne peuvent tout expliquer devant les chiffres de lundi.  Il y a plus, j’en ai peur.
Le Québec vient de se refuser le statut de réelle nation distincte.  Car le message de Couillard était limpide.  Vous, Québécois-ethniques, ayez peur du référendum et de votre liberté.  Demeurez sourds à votre Histoire et demeurez abrutis face à votre destin.  Et vous, les «autres», faites-nous confiance pour ne pas avoir à vous intégrer aux Québécois-ethniques.  Le programme du PLQ se résume à ça.

Je lisais les commentaires triomphalistes et revanchards hier matin.  Ils célèbrent pour quoi?  Pour rien.  Ils célèbrent contre.  Certains en français, par haine d’eux-mêmes.  D’autre en anglais, par rejet du Québec-nation.  Puis les autres en diverses langues…  Il y a que Couillard, avec ses soi-disant fédéralistes corrompus et sans vision, a été clair avec cette partie de la population.  Ceux qui résistent depuis toujours à notre «nous», avec renforts d’avant-postes coloniaux canadiens, ont voté pour l’assurance de ne plus avoir à faire d’effort pour apprendre le français, au-delà de réussir un test de secondaire 5 bidon.  Et ils ont reçu l’assurance qu’ils n’auraient pas non plus à subir nos manuels d’Histoire.  Ou à se faire appeler «Québécois».
Et surtout, ils n’auront pas à respecter l’évolution laïque des 50 dernières années de la société québécoise.  Non, tout ça, ce n’est bon que pour notre «nous-ethnique».
Ils souhaitent que les seuls manuels qu’ils aient à lire bientôt ne soient rédigés qu’en anglais et n’aient qu’un court chapitre sur nous qui parlera des Plaines d’Abraham (comme c’est déjà le cas dans le reste de l’Amérique du Nord).  La langue française sera pour les ouvriers entre eux, tant qu’aucun patron ou client américain ne se pointe sur le plancher.  Et la laïcité, ça ne sera que pour les catholiques.  Puis, pour ça comme pour tout le reste, ce sera dorénavant comme c’était en arrière, aux Québécois-ethniques de s’adapter tandis que les vraies décisions viendront d’Ottawa, de Toronto, de Calgary, et de quelques bureaux à Montreeawl.

Avec assez de temps, nous ne conserverons de nation qu’un semi-état, puis quelques régions.  Le temps que les nouvelles générations et suffisamment d’immigration bien canadienne, avec l’aide enthousiaste des fédéralistes québécois-ethniques, fassent leur œuvre.  Mais le Québec s’est enfin refusé le pouvoir de se distinguer par sa langue, sa société, son mode de vie et sa gestion de la diversité.  Il a dit: «Achalez-nous pas ‘ec ça!»
Au plus, ils nous permettront dorénavant de faire semblant qu’on s’auto-gère, question de bien nous anesthésier le temps que la folklorisation nous gangrène.

Dans les circonstances actuelles, en rejetant le Parti Québécois sur la seule base d’un référendum imaginaire, le Québec abandonne tout pouvoir, même potentiel, même virtuel, de s’autodéterminer.   Et la sanction est venue avec une telle force, de par le nombre de sièges majoritaires des libéraux, et de par le congédiement sans ménagement d’une première-ministre qui avait fait une bonne job de nettoyage de l’ère Charest.  De par le fait surtout de plébisciter les mêmes criminels sans morale pour la remplacer!  Le tout comme pour signifier que l’abandon de notre souveraineté sera cette fois sans équivoque.  J’espère avoir tort, mais en ce jour je ne nous crois plus une nation.

Le Canada, lui, est une vraie nation.  Il a rouleau-compressé les identités rivales pour s’imposer.  Il a mis les autochtones dans des réserves après avoir déchiqueté leurs familles, puis il a martelé de ses mots et de ses poings son «speak white» pour les autres.  Et il a enrobé le tout de grands discours humanistes qui, malgré leurs mensonges, collent.
Car dès 1838, dès 1867, ce n’était qu’un grand mensonge, nous le savions.  Tout au long de son Histoire, c’est sur nous que le Canada a frappé le plus fort et avec le plus de mépris, parce que nous lui avons résisté le plus longtemps et le plus farouchement.  Nous avons toughé jusque dans le cerveau abruti de religion de nos pères et dans le ventre meurtri de nos mères, au moment où Il, le grand Canada, s’acharnait sur nous avec sa plus grande hargne.

Au sortir de la Grande Noirceur, dans notre élan tranquille, certains auront cru que nous n’avions pas oublié et que nous refusions de nous faire déposséder de notre statut de nation.  Que nous refusions de devenir la «race française» de Durham et de The Gazette.  Mais le bruit des machines nous a bien rendus sourds, les insultes et les coups à la tête ont porté et, de toute évidence, nous n’en sommes pas ressortis intacts.  Notre peuple analphabète s’est finalement laissé remettre à sa place dans un grand élan de peur, d’innocence, d’indifférence et de doux rêves.  Incapable — ou indésireux — de se battre réellement pour sa survie dans l’Histoire, pour sa propre Histoire.

Et maintenant…  Notre nombre diminuant, et refusant politiquement notre propre destin, les forces coloniales canadiennes sauront tranquillement faire du Québec une province enfin normale.  Déjà, les Canadiens célèbrent l’élection de lundi, dans laquelle ils voient le peuple québécois accepter la constitution de 1982, de guerre lasse.  Et je peux difficilement, en ce jour, leur donner tort.  Rappelons que ce qui se jouait alors, c’était de décider entre un Canada binational ou multiethnique…  Et qu’ils ont triché mais gagné.

Aujourd’hui, le Canada accueille une nouvelle ethnie, la québécoise.  Célébrons donc.

Advertisements
5 commentaires
  1. On ne peut pas fonder une nation sur une identité vide de sens qui se renie elle-même. Le Québec est le canada, le Canada est le Québec et nous sommes les seuls vrais Canadiens depuis plus de quatre siècles. C’est le fondement même de notre existence.

    http://canadalibre.ca/pourquoi-canada-libre/

  2. Cette conception d’un nationalisme civique, inclusif et tuti quanti est pure construction politique. Élaboré par des politiciens pour deux raisons principales: obtenir des privilèges pour la province de la part du gouvernement fédéral, et s’allier le vote des minorités ethniques du québec en faveur de la souveraineté. Cependant, il n’est point besoin d’être clairvoyant pour s’aperçevoir que le ne nationalisme québécois des « de souche » est évidemment ethnique (cela pointe dans la loi sur la laïcité par exemple).

    Concernant ces derniers, on peut avancer l’hypothèse que cette identité québécoise de souche est bien réelle. En ce cas, il faudrait admettre qu’elle s’est construite à l’intérieur de la fédération, en adaptation à celle-ci, forgée en quelque sorte par ce provincialisme imposé de force. Ce qui implique deux chose: premièrement, que cet état d’infériorité que tout cela induit serait un trait identitaire et deuxièmement que le québécois de souche est, à l’image du monstre du Dr.Frankenstein, une créature des parvenus néo-monarchiste anglos d’Amérique, ou enfin, une espèce de mutation du Canadien (-Français) provoqué par manipulation par ces mêmes parvenus. Cette identité est alors profondément névrotique. Heureusement, à cause de cela justement, son existence en tant qu’identité « positive », c’est à dire positivement réelle, est à réfuter.

    • Permettez-moi d’ajouter deux choses. Les « loosers », c’est pas attirant. Et si le fait d’être looser est un trait identitaire, alors pas étonnant que des petits « québécois de souche » veulent s’identifier à d’autre chose (remarquez à ce propos que l’on est plutôt prompt à adopter tout ce qui vient d’ailleurs).

      Enfin, au sens où on l’entend actuellement, n’est pas une vraie nation. Peut-on dire sérieusement que le fait de vouloir demeurer constitutionnellement un calque de l’Angleterre est Canadien ?

      • Je veux dire qu’en tant que seuls dépositaires légitimes de l’appellation « Canadien », les actuels « québécois de souche » ou « Canadiens-français » doivent opposer une fin de non-recevoir stricte à la qualification de ce conservatisme identitaire anglais paranoïaque par notre nom qu’ils nous ont volé.

Laisser un commentaire

Pour oublier votre commentaire, ouvrez une session par l’un des moyens suivants :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :