Chasser le racisme où il n’est pas

Deux commentaires sur cette histoire ahurissante.

Le premier porte sur l’instigatrice de cette «affaire» qui n’en est pas vraiment une, Nydia Dauphin. On voit ici le symptôme d’une personne psychorigide qui s’emploie à plaquer une grille d’analyse sur une réalité à laquelle elle ne correspond pas, sans tenir compte du contexte. Bref, Mme Dauphin essaye de faire entrer un carré dans un trou rond en poussant fort dessus.

D’autres l’ont dit, mais ça vaut la peine de le répéter. Mario Jean caricaturait Boucar Diouf, en hommage, et pour ce faire il s’est peint le visage en noir. Jean ne caricaturait pas tous les noirs, et surtout pas pour dénigrer qui que ce soit.  Il caricaturait une personne en particulier dont un des traits est d’avoir la peau noire.
Si Diouf avait été carotté, Jean se serait peint carotté. Si Diouf avait une carapace de tortue lui poussant sur le dos, Jean se serait affublé d’une fausse carapace.  Rien, mais rien du tout ici n’a à voir avec le phénomène des «blackfaces».

Le deuxième point porte sur la grille d’analyse elle-même qu’emploie Nydia Dauphin. Cette grille qui nous est parachutée des universités anglo-saxonnes et de leur promotion des identity politics, qui tentent d’exorciser leur «white guilt» en définissant les sociétés blanches comme étant foncièrement racistes, définissant du même coup tous les non-blancs comme des victimes perpétuelles.
Celle-ci, si on distille un peu, nous apprend que si moi, un blanc, ne fais que mentionner l’origine ethnique de mon voisin, eh bien je suis raciste. Le simple fait de dire «Mon voisin est d’origine pakistanaise» et hop!, je suis bon pour l’opprobre et pour un camp de rééducation. (Vous croyez que j’exagère?…) Par contre, je dois célébrer ce même voisin lorsque celui-ci proclame fièrement être d’origine pakistanaise.  Ça, c’est de l’«empowerment». Par là, celui-ci combat en fait l’oppression de mon racisme.
C’est une grille d’analyse qu’ont bien entendu repris avec enthousiasme tout ce que nos sociétés comportent d’entrepreneurs ethniques et antiracistes.  Mais qui heureusement demeure assez étrangère au Québec. Sauf bien sûr quand elle sert à nous condamner en bloc.

Peu importe que Boucar Diouf représente un exemple lumineux d’intégration positive et de métissage, peu importe que la scène humoristique et la société québécoise dans son ensemble l’aient adopté dans l’enthousiasme, non, c’est la grille qui compte. Il faut donc y faire entrer la réalité coûte que coûte. Ainsi, lorsqu’on lui fait remarquer les anomalies de son analyse, la grille fait voir à Mme Dauphin une confirmation du racisme québécois plutôt que la révélation de ses propres préjugés sur cette société.  Puis lorsque Boucar Diouf lui-même l’envoie paître, elle y voit une double confirmation, en le traitant d’Oncle Tom. Je répète: c’est la grille qui compte, pas les faits.

[Et tout ça sans compter tous les commentaires, majoritairement rédigés en anglais, qui abondent dans le sens d’une «longue tradition de racisme et de xénophobie dans la société québécoise».  Mais qui curieusement omettent toujours de mentionner le traitement des Amérindiens par les colons britanniques, l’interdiction des Juifs sur les bancs des universités anglo-canadiennes, ou les étudiants de Concordia qui scandaient «Burn nigger, burn!» il n’y a pas si longtemps dans les rues de Montréal, ni les «Sorry, we don’t hire French-Canadians» des compagnies anglo-montréalaises jusque dans les années 70…  Mais non, ressortons Lionel-Groulx à chaque occasion pour ajouter, hors contexte, Yvon Deschamps, puis Louis Riel et maintenant Mario Jean.
Comme quoi le racisme n’est pas nécessairement là où on aime bien le voir.]

Et pendant ce temps, les moralistes rigides du sphincter s’escriment à essayer d’incarner leur vision d’un monde parfaitement antiraciste en toutes sortes de propositions débiles, telles que seuls des noirs devraient pouvoir imiter d’autres noirs…  Évidemment, la ségrégation et le renforcement des identités raciales est la solution toute indiquée à cette forme de racisme, oh si subtile, qui fait croire à un blanc qu’il peut imiter ses amis indifféremment de leurs couleurs de peau.  Misère !…

D’ailleurs, je me demande…  Il semblerait que j’aie une part de sang amérindien.  Probablement de l’ordre de 1/8ème.  Si j’étais humoriste, pourrais-je dès lors imiter des Amérindiens?  Cela m’interdirait-il plutôt d’imiter des blancs?  N’aurais-je que le droit d’imiter d’autres 1/8ème?…  Pour revenir à Diouf, est-ce que des mulâtres ont droit de l’imiter ou faut-il des noirs « pures races »?…  Quelle absurdité!  Comme quoi ce sont les antiracistes qui aujourd’hui travaillent le plus fort pour racialiser toutes les relations.

Deux citations me viennent en tête que devrait méditer Mme Dauphin. «A foolish consistency is the hobgoblin of little minds» (Ralph Waldo). Mais peut-être surtout: «Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde» (Albert Camus).

Comme toutes les grilles mal adaptées qu’on tente d’appliquer à la réalité, celle-ci vient nous faire perdre de vue les enjeux réels pour nous faire focaliser sur des détails insignifiants. Pendant qu’on s’escrime à châtier notre vocabulaire et à se faire des procès d’arrière-pensées, le vrai racisme lui continue de fleurir en s’adaptant.  Mieux vaudrait adopter une attitude empirique et coller aux faits racistes, aux vrais actes de discrimination et incitations à la haine, plutôt que de renifler des subodeurs dont les relents nauséabonds n’existent trop souvent que dans les narines des moralistes de croisades.  Mais dont il est surtout toujours impossible de se défendre.

Je doute fort que Mme Dauphin évolue sur ce point.  La forme particulière de psychorigidité dont elle est atteinte ne sera toujours que renforcée par l’inadéquation de sa grille d’analyse avec le Réel.
À chaque rebuffade elle y verra une confirmation. Et surtout, elle a besoin de ces rebuffades confirmatoires.

Comme le B’nai Brith, comme les groupes de «défense des anglo-Québécois», comme les Fo Niemi de ce monde et autres groupes antiracistes, comme les groupes de défense des musulmans, Mme Dauphin a besoin de voir confirmé le racisme partout. Il en va de l’intégrité de sa grille d’analyse qui, si elle s’écroulait, la plongerait sans prise dans la complexité déroutante du monde et des relations humaines réelles.

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